Agata et Semun condamnés à réparer leur maison dévastée par leur locataire: "On est désespérés, c'est une véritable porcherie"
Les propriétaires d'une habitation dévastée par le locataire condamnés à réparer pour la rendre habitable au même locataire.
- Publié le 07-04-2021 à 14h19
- Mis à jour le 07-04-2021 à 14h20

Dans leurs pires cauchemars, Agata et Semun, les propriétaires d'une maison arrivée en fin de bail en novembre 2020, n'auraient pu imaginer l'épreuve qu'ils traverseraient avec leur locataire. Ce dernier, n'entendant pas quitter les lieux, avait obtenu d'y demeurer quelque temps. Il en est finalement parti le 14 mars. Le jour même, Agata et son mari se sont rendus à l'adresse. "Oh, mon Dieu", s'est exclamée la jeune femme, horrifiée de découvrir l'état dans lequel se trouvaient les lieux. "Une véritable catastrophe."
Il s'agissait d'un bail que les nouveaux propriétaires avaient repris à leur compte en achetant cette maison d'Overijse en 2017. "Nous n'avions pas choisi ce locataire et entre lui et nous, cela s'est mal passé dès le départ. Il ne nous a jamais payé de loyer ni sa consommation d'eau. Nous en sommes à notre troisième avocat. J'ai l'impression que le juge de paix est fatigué de nous voir. En principe, le locataire aurait dû quitter les lieux en 2020 mais il a obtenu des délais pendant l'hiver. Et voilà le résultat."
Dans le différend, il était question des compteurs de gaz et d'eau. Le locataire demandait à l'ancien propriétaire de les installer au premier étage. Comme celui-ci n'avait rien fait, le juge a fini par condamner Agata et Semun à les installer. Et le juge accordait 400 euros d'astreinte au locataire par jour de retard. Et rien n'a été fait.
En sorte qu'aujourd'hui, les propriétaires seraient redevables de plus de 300 000 € à leur locataire.
Aucun état des lieux n'avait été réalisé par le précédent propriétaire. Et la situation a complètement dérapé. Agata et Semun disent avoir retrouvé l'habitation à l'état de dépotoir. "À chaque pas que je faisais, à chaque porte que j'ouvrais pour entrer dans la pièce suivante, je croyais visiter une porcherie. C'était incroyable. Je progressais dans les ordures, relate Agata. Comment avait-on pu vivre dans la crasse, avec si peu de dignité, de fierté et de respect de soi ? On l'avait croisé quelques jours plus tôt, il nous avait souri. Je comprends maintenant pourquoi. Son sourire avait une signification : 'Vous alle z voir dans quel état vous retrouverez votre maison.'"
C'était le dimanche 14 mars. Le 15, Agata et Semun faisaient appel à un huissier. "Il n'avait jamais vu cela. Il nous a prévenus qu'il était inutile de demander le passage de la voirie. Elle ne se déplacerait pas. Ce sera à nous de tout vider. On est désespérés. Il faudra refaire les murs qui sont couverts de moisissures. On en a pour un bon mois de travaux et sûrement pour 20 000 €."
Dans l'état des lieux, l'huissier prend soin de décrire les odeurs. Il parle de "pourriture". Nous quittons Agata sur une note positive. "Nous n'avions pas un bon locataire. Mais à quoi bon se lamenter ? On n'a pas le choix. Il nous reste à retrousser nos manches."
Nous avons souhaité contacter le locataire pour obtenir des explications. Mais il est parti sans laisser d'adresse. "Il semble avoir changé de numéro de téléphone et il est parti sans remettre les clés."
La justice ne partage pas du tout le point de vue des propriétaires. Pour "sécuriser les lieux", Semun avait placé des panneaux de manière à empêcher l'accès au logement.
Vendredi, le juge de paix, constatant que Semun privait le locataire de son domicile, l'a condamné à retirer immédiatement les panneaux sous peine de payer au locataire 250 € par heure de retard, et à rendre dans les quinze jours les lieux habitables, sous peine de 500 € d'astreinte par jour de retard.
Pour rendre les lieux habitables, le propriétaire devra en outre remplacer à ses frais les carreaux, les toilettes et l'évier de la salle de bains cassés, et installer une nouvelle cuisinière ainsi qu'un four à micro-ondes, et nettoyer toute la crasse. Et une nouvelle audience en justice est prévue le 2 mai prochain, en appel, devant le tribunal de première instance de Bruxelles.