Trafic de cannabis: une mère et son fils séquestrent et torturent un concurrent dans un village du Namurois
Ce n'est pas tout de lancer la production. Il faut la protéger des convoitises.

- Publié le 17-08-2023 à 20h44
- Mis à jour le 18-08-2023 à 08h14

C'est un petit monde qui ne demande qu'à vivre caché et préfère régler ses comptes dans la discrétion. Les rivalités, dans ce milieu des trafiquants de cannabis, peuvent être féroces. Des concurrents peuvent convoiter votre production. Mais, quand on risque le point de non-retour, il arrive exceptionnellement, comme dans un dossier actuellement jugé à Namur, que la police soit appelée à la rescousse.
C'était le 1er mai 2022, à Ohey, village du Namurois apparemment sans histoires. Une mère se rend à la police. Sabine signale que son fils Benoît a été victime d'un vol de voiture la nuit précédente. L'enquête de voisinage relève des incohérences dans leurs récits.
La police se rend chez eux. Le compteur d'électricité a été trafiqué. Il y a des restes de cannabis. Au grenier, ils découvrent des lampes du type de celles que l'on retrouve dans les plantations illégales de cannabis.
Benoît reconnaît la culture. Mais, précise-t-il, il n'a pas eu le choix. Il a été obligé de monter cette installation chez lui. Il se ravise cependant au cours d'enquête, reconnaissant avoir monté cette plantation. Avec Fatbardh, avec qui il vendait du cannabis, ils ont voulu gagner davantage. Les deux compères ont décidé de cultiver. Mais ils n'avaient pas les connaissances techniques.
Ils ont pris conseil auprès de Najime, un Herstalien qui sera le jardinier. Son téléphone a borné à 156 reprises sur le pylône d'Ohey. Les résultats auraient été en-dessous des attentes. Najime aurait repris ses billes, laissant seulement une partie du matériel qui, semblait-il, devait être détruit.
Une expédition punitive
Benoît et Fatbardh ont néanmoins décidé de lancer seuls une nouvelle plantation. Ce que Najime n'aurait pas du tout apprécié. Dans la nuit du 21 au 22 avril 2022, vers 01 h 00 du matin, Benoît et sa mère Sabine ont été réveillés par des bruits suspects. Trois personnes étaient dans la maison. Sans doute convoitaient-ils le cannabis. La mère et le fils ne se sont pas laissé faire. Sabine a lancé des casseroles. Elle s'est débattue et s'est laissé tomber de tout son poids alors qu'un inconnu tentait de l'étrangler.
Plus grave, Benoît a saisi un pistolet d'alarme trafiqué. Les trois intrus ont pris la fuite. Ils ont escaladé un mur extérieur. Benoît a fait feu et a atteint dans le dos le dernier qui a lourdement chuté, se fracturant le genou.
Une séquestration de plusieurs heures
L'intrus, Raimondo, a été forcé de ramper sur le sol et de revenir dans la maison. Il était atteint d'une balle dans le dos, qui plus d'un an plus tard, est toujours logée dans un de ses poumons. Il a dégusté. Benoît et Sabine ont appelé Fatbardh, l'associé du fils ainsi que deux autres copains, à qui ils ont aussi envoyé une photo de Raimondo, à terre une arme pointée sur la tempe dans un simulacre d'exécution.
Ils ont interrogé Raimondo. Ils l'ont menacé. Ils lui ont porté des coups dans lesquels le parquet voit des traitements inhumains et dégradants. Ils ne connaissaient pas Raimondo. Ils voulaient notamment connaître ses deux comparses qui avaient réussi à fuir.
Ce sont les risques du métier quand on rentre chez moi.
Les esprits étaient très échauffés. À un moment, Benoît a préféré cacher l'arme de peur que sa mère ne "fasse une bêtise". "Ce sont les risques du métier quand on rentre chez moi", aurait-elle dit. Sabine était très virulente, lançant à son fils : "Tue-le". Elle a utilisé une pince à épiler qu'elle a placée à hauteur de la plaie par balle de Raimondo. Pour extraire la balle ? Pour le torturer ?
Après plusieurs heures, Fatbardh a reconduit Raimondo à Herstal. Un cousin de ce dernier l'a emmené à l'hôpital. Raimondo a expliqué qu'il avait été blessé par balle dans une rixe survenue à Liège dans le Carré, le quartier des sorties de la Cité ardente.
Un "match retour"
Mais ce n'était pas terminé. Huit jours plus tard, six hommes s'en sont pris à Benoît à Ohey, volant sa voiture. Il était clair que c'était des représailles. Ce serait pour éviter l'escalade ou par peur que Sabine a appelé la police.
À la suite de leurs déclarations, la police a remonté vers Raimondo, qui a dénoncé Najime. Il a expliqué que Najime, rencontré dans un café, lui avait proposé 20 000 euros pour "garder deux personnes pendant 30 minutes". Il ne connaissait pas le troisième protagoniste venu avec eux à Ohey.
Raimondo l'a répété devant le tribunal. "Cet individu m'a laissé à terre à 5 mètres de lui", a-t-il dit après que l'avocate de Najime eut plaidé l'acquittement vu que, à ses yeux, rien ne démontre la présence de Najime à Ohey dans la nuit fatidique.
Me Jonas Mathieu, avocat de Raimondo a plaidé l'erreur de jeunesse de cet homme qui n'avait que 20 ans à l'époque. Il a sollicité le sursis. Les deux hommes risquent beaucoup plus : la représentante du ministère public a requis quatre ans de prison contre Najime et 30 mois contre Raimondo.
Mais c'est évidemment Benoît et Sabine qui risquent les peines les plus lourdes : sept ans ont été requis contre le fils et cinq ans contre la mère. Leurs défenses ont plaidé le sursis. Jugement le 1er septembre.