Les trois obstacles du parquet de Bruxelles dans la lutte contre les fusillades
Soixante-neuf incidents de tirs, vingt-deux explosions. Face à des organisations criminelles toujours plus violentes, le parquet de Bruxelles bute sur une série d'embûches.

- Publié le 28-08-2026 à 20h40
La violence armée ne connaît aucun répit dans la capitale. Lors d'une conférence de presse, organisée ce vendredi, le procureur du Roi de Bruxelles Julien Moinil a (une fois encore) tiré la sonnette d'alarme : "Mon office rencontre toute une série d'obstacles inacceptables". Le point sur les trois principales impasses auxquelles se heurte le parquet dans la lutte contre le trafic de drogue.
1.Un business géré depuis la prison
18 juillet 2026, rue du Cheval noir à Molenbeek. Une personne est abattue de quatre balles dans le dos. Dans ce dossier, toujours à l'instruction, le commanditaire présumé se trouve à la prison de Haren où il a été incarcéré pour… tentative d'assassinat. "Le ministère de la Justice lui a pourtant octroyé des permissions de sorties régulières", fustige le procureur du Roi de Bruxelles.
Derrière cet homicide, Julien Moinil dénonce une gestion des prisons qu'il estime "inopérante". Ce n'est pas un secret : depuis leurs cellules, les têtes des réseaux criminels poursuivent leur business et commanditent des assassinats à l'aide notamment de téléphone portable.
Si on veut que la justice soit crédible, il faut exécuter les peines.
"J'ai demandé en février 2025 au parlement fédéral l'installation de brouilleurs (empêchant les GSM de communiquer avec l'extérieur, NdlR) pour certaines ailes de prison. Qu'est-ce qui se passe depuis ?", scande le magistrat. L'initiative tarde à voir le jour. Alors le numéro un du ministère public bruxellois a réitérée sa demande jeudi lors du Conseil régional de sécurité (Cores).
Julien Moinil a également pointé du doigt le fait que l'accord de gouvernement prévoyait de renforcer l'exécution des peines. Pourtant, regrette-t-il, 81 condamnations ont été suspendues par l'exécutif suite à la surpopulation carcérale, dont 9 pour stupéfiants et 27 pour violences. "Si on veut que la justice soit crédible, il faut exécuter les peines", réclame-t-il.
2. Des petites mains non prises en charge
Le trafic de stupéfiants s'appuie sur des petites mains, issues des couches les plus précaires de la population, notamment des étrangers sans titre de séjour. Problème, selon le procureur, certains d'entre eux, ayant commis des actes illégaux, se voient relaxés.
"Vingt personnes en séjour illégal ont récemment été interceptées dans des faits liés à la drogue par la police de Bruxelles-Midi. L'Office des étrangers a relaxé les 20", assure le magistrat bruxellois.
Selon les chiffres du ministère public, sur 7 000 individus en séjour irrégulier interceptés à Bruxelles en 2025, plus de 90 % ont été relaxés. À cela s'ajoute le manque de place dans le secteur de l'aide à la jeunesse. Ainsi, 150 mineurs sont en attente d'une place en régime fermé.
3. Le manque de moyens
La police judiciaire fédérale (PJF) réclame davantage de moyens afin de mener à bien ses dossiers contre les réseaux criminels. Le cadre légal reste fixé à 783 enquêteurs, mais n'est actuellement composé que de 700 effectifs.
"Actuellement, je ne peux pas couvrir l'ensemble des organisations criminelles. Or je n'ai pas que le trafic de stupéfiants… J'ai plus de vingt-cinq enlèvements, la traite des êtres humains, le trafic d'armes, les braquages, le blanchiment d'argent, la corruption, la fraude informatique… Ce serait suicidaire de ne s'occuper que du narcotrafic", soutient Julien Moinil.
Le parquet de Bruxelles ne compte, quant à lui, que sept magistrats spécialisés dans le crime organisé. Le ministère public accuse également un manque de 14 juristes pour remplir son cadre légal.

Au-delà des services répressifs, le patron du ministère public a exhorté le pouvoir politique à agir sur la prise en charge médicale des consommateurs : "On ne veut pas mettre ces gens en prison, cela n'aurait aucun sens. Ils doivent être aidés", martèle-t-il.
Récemment, le gouvernement bruxellois a pourtant réduit de 22 % les subventions des associations reprises dans le cadre du PGSP (Plan global de sécurité et de prévention), des ASBL qui viennent notamment en aide aux personnes en situation de grande précarité et d'assuétudes. "On ne sortira pas de cette ornière du narcotrafic en ne prenant pas en charge ces personnes", explique Julien Moinil.