Schild en Vrienden: "Des répercussions électorales possibles pour la N-VA", selon Dave Sinardet
- Publié le 07-09-2018 à 06h50
- Mis à jour le 19-09-2018 à 23h40

Schild en Vrienden offre, tel Janus, un double visage interpellant : relativement correct sur le plan du nationalisme flamand traditionnel (hors périodes de guerre…) mais à la réputation franchement entachée par l'attachement de certains militants au nazisme pur et dur, mâtiné de racisme, d'antisémitisme et de haine pour tout ce qui ne relève pas de la cellule familiale la plus classique avec la femme confinée dans ses tâches traditionnelles.
Pour le politologue Dave Sinardet, on peut classer l'association dans le courant alt-right populo-extrémiste qui joue à fond ici la carte de l'identité flamande et occidentale prétendument menacée.
Pas de filiation marquée avec le traditionalisme catho
Par contre, pas question de lui accoler une étiquette chrétienne traditionaliste, voire de lien structurel strict avec le Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond toujours présent dans les universités flamandes.
Si S&V se prétend volontiers le défenseur de l'Europe et de ses valeurs chrétiennes, cette dimension n'apparaît pas dans sa communication même si certains membres ont sans doute des connivences avec la frange catholique la plus radicale.
Quant aux liens potentiels avec la N-VA, Dave Sinardet rappelle que Schild en Vrienden a assuré le service d'ordre lors d'une soirée-débat qui s'annonçait difficile pour Theo Francken. "Je retiens que la démarche venait de S&V de manière spontanée et j'enregistre aussi qu'on parle d'une vingtaine de membres du mouvement encartés à la N-VA. En soi ce n'est pas une surprise. Il est certain que d'autres sympathisants sont proches du Vlaams Belang. Il y a toujours eu des recoupements, des proximités entre le nationalisme flamand et une certaine droite radicale."
Le politologue partage aussi le constat selon lequel les militants de S&V, du moins ceux qui ne semblent pas faire partie du noyau le plus dur du groupe Discord, n'ont rien de militants néofascistes classiques. "De fait, comme vous dites, ils ont l'air bien propres sur eux. Mais c'est précisément cela qui peut rendre leur discours dangereux : ce racisme ordinaire très répandu qui s'instille partout - même en Belgique francophone avec l'agression de Cécile Djunga… - pouvait marquer des points auprès d'une large frange de la population. Mais bon, si un certain romantisme et une mystique flamingante passent encore bien dans les esprits, les références à Hitler et l'annonce d'une prise de pouvoir armée vont évidemment beaucoup trop loin pour des électeurs de centre-droit attachés aux valeurs démocratiques."
Une réaction concertée de la N-VA
Pour Dave Sinardet, il s'imposait que la N-VA sorte très vite de son mutisme. "Ses principaux responsables, De Wever en tête, n'ont pas réagi immédiatement avant d'annoncer qu'ils séviraient. C'était logique dans la mesure où les dirigeants se sont certainement concertés avant de répliquer et de condamner fermement les messages des réseaux sociaux. Et d'exclure successivement les militants concernés, à commencer par ceux qui étaient candidats aux communales. Il y a là aussi un fameux exercice d'équilibriste. Car le parti ne peut et ne veut pas se couper d'un électorat très marqué depuis toujours par le nationalisme et continuer à interpeller ceux qui le suivent pour sa politique économique et sociale. Il s'agit aussi de garder ou non le cap par rapport au discours musclé sur la migration. Cela pourrait se répercuter négativement dans les urnes."
Dave Sinardet se demande comment le S&V a pris cette ampleur jusqu'à approcher Viktor Orban même si le contact avec le Premier hongrois fut bref. "Comment a-t-il pu en peu de temps s'immiscer dans l'Université de Gand et au Vlaamse Jeugdraad… On l'a peut-être trop mis sur le pavois dans les médias. Dries Van Langenhove a même eu droit à une longue interview de Joël De Ceulaer, peu suspect d'être de droite, dans De Morgen…"