L'Open VLD détient la clé des négociations fédérales... mais fait face à un vrai dilemme
Coup de pression à venir sur l'Open VLD. S'il a fallu attendre plus de quatre mois, depuis les élections, pour que le PS et la N-VA montent en première ligne dans le processus de formation d'un gouvernement fédéral, la clé des négociations pourrait bien se trouver chez les libéraux flamands.

- Publié le 08-10-2019 à 20h08
- Mis à jour le 23-10-2019 à 17h53

Coup de pression à venir sur l'Open VLD. S'il a fallu attendre plus de quatre mois, depuis les élections, pour que le PS et la N-VA montent en première ligne dans le processus de formation d'un gouvernement fédéral, la clé des négociations pourrait bien se trouver chez les libéraux flamands.
Un choix implicite se présente à eux : voler dans l'opposition ou… espérer prendre le poste de Premier ministre. Qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit d'un vrai dilemme pour eux.
Rembobinons. La carte politique actuelle implique qu'il n'existe que deux configurations possibles pour le prochain exécutif. La première associe le PS et la N-VA en tant que principales forces politiques francophone et flamande. Pour les entourer : le MR côté francophone ; l'Open VLD, le SP.A et le CD&V côté flamand. C'est ce qu'on a appelé la coalition bourguignonne (ou anversoise, ou paars-geel en néerlandais). Elle est soutenue publiquement par l'Open VLD et le CD&V (partenaires de la N-VA au gouvernement flamand) et a été privilégiée par les ex-informateurs Reynders (MR) et Vande Lanotte (SP.A).
La seconde option, c'est l'arc-en-ciel (paars-groen en néerlandais). Elle associe les familles socialiste, libérale et écologiste, renforcées du CD&V. Son grand désavantage par rapport à la première, c'est qu'elle n'a pas de majorité dans le groupe flamand à la Chambre. Cette configuration a été publiquement soutenue par le PS et les écologistes.
Avantage à la bourguignonne
La tendance depuis des semaines, confirmée par la désignation mardi des préformateurs Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA), va à la bourguignonne. "Le problème, analyse le politologue Dave Sinardet (VUB et Université Saint-Louis), ce n'est pas seulement l'alliance entre le PS et la N-VA, c'est aussi qu'il y a un parti flamand de trop." PS et SP.A ont lié leur sort. "Restent l'Open VLD et le CD&V. Et pour le PS, il est plus facile de se débarrasser des libéraux."
Dès le 12 août, le président du PS, Elio Di Rupo, mettait les choses au point sur Twitter : "S'imaginer que le PS pourrait faire l'appoint et dépanner les anciens partenaires de la coalition suédoise (MR, N-VA, CD&V, Open VLD, NdlR) pour former un gouvernement fédéral, relève de l'illusion." Un mois plus tard, De Standaard écrivait que les socialistes cherchaient à se débarrasser de l'Open VLD.
La stratégie du PS relève du billard à trois bandes. Rapidement après les élections, la N-VA a tendu la main au PS - avec plus ou moins de sincérité. La pression était forte sur les socialistes pour qu'ils acceptent, à leur tour, de parler aux nationalistes. C'est désormais chose faite. Mais pas à n'importe quel prix. D'accord, disent-ils, pour discuter avec un parti "ultralibéral" (selon le vocable utilisé par une source socialiste), mais pas avec deux. Ce sera donc soit la N-VA, soit l'Open VLD.
"C'est la stratégie depuis le début, confirme un élu PS. Si on doit former un gouvernement avec la N-VA, on ne voit pas pourquoi on aurait besoin de l'Open VLD", qui est mathématiquement dispensable dans la bourguignonne.
Partie de billard
Mais billard à trois bandes, disions-nous, parce que le PS, en fait, préfère nettement négocier avec l'Open VLD qu'avec la N-VA. "Au moins, sur les questions éthiques, on a des points communs avec eux. La N-VA, elle, en plus d'être ultralibérale, est un parti réactionnaire."
Le PS fait donc le pari que les libéraux flamands finiront par lâcher les nationalistes pour se lancer dans l'aventure arc-en-ciel. Avec une potentielle jolie prime à la clé : l'Open VLD pourrait être en mesure de revendiquer le poste de Premier ministre. Cela dit, il devrait aussi accepter de gouverner avec la gauche francophone et de subir l'opposition féroce de la N-VA et du Vlaams Belang. Pas évident. C'est bien le dilemme : opposition ou majorité, voire le 16, rue de la Loi.
Les causes du blocage
"Pour la N-VA, il ne sera pas facile d'abandonner l'Open VLD pour ne rester qu'avec des partis centristes ou de gauche", note encore Dave Sinardet. Dans sa stratégie, le PS essaye aussi de déplacer la responsabilité d'un éventuel blocage fédéral de ses épaules vers celles de la N-VA et, surtout, de l'Open VLD. La pression est encore timide sur les libéraux flamands, mais elle devrait bientôt s'intensifier. Ce n'est sans doute pas un hasard si la présidente du parti, Gwendolyn Rutten, et son vice-Premier ministre, Alexander De Croo, ont déclaré ces derniers jours que, avec un peu de bonne volonté, un gouvernement pouvait être formé avant la fin de l'année. Ils essayent de forcer le destin de la bourguignonne ou, à défaut, de renvoyer le PS et la N-VA à leurs propres responsabilités.