Comment permettre une majorité PS/N-VA ? L'idée d'une 7e réforme de l'État est évoquée
Les préformateurs Rudy Demotte et Geert Bourgeois doivent remettre leur rapport au Roi le 4 novembre. Mais, "sauf grosse surprise", juge une source, ils ne pourront pas annoncer le début de véritables négociations pour une majorité "paars-geel" (violet-jaune), comme on dit en Flandre.

- Publié le 23-10-2019 à 17h54
- Mis à jour le 23-10-2019 à 19h49

Au fédéral, c'est la paralysie et certains considèrent que seule une réforme institutionnelle pourrait débloquer le jeu. L'idée commence à percoler dans les hautes sphères de plusieurs partis : et si la Belgique s'engageait dans une septième réforme de l'État ? Pour certains, ce serait le seul moyen de donner un peu de mouvement aux manœuvres destinées à doter la Belgique d'un nouveau gouvernement fédéral - des manœuvres actuellement à l'arrêt.
Après plusieurs semaines de discrets contacts, les informateurs Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A) n'ont pas réussi à rapprocher suffisamment les points de vue PS et N-VA pour pouvoir lancer le processus de formation gouvernementale. Ils avaient toutefois conclu que la piste d'une majorité à six partis (PS, SP.A, MR, Open VLD, N-VA et CD&V) devait être poursuivie.
Il y a 15 jours, un autre duo de "sages" les a remplacés : place aux préformateurs Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA). Il fallait "mouiller" les socialistes et les nationalistes dans les discussions au fédéral, les placer aux responsabilités. Toutefois, depuis le début de leur royale mission, rien n'a avancé : le PS et la N-VA ne semblent pas prêts à la moindre concession.
"Les revendications du PS sont imbuvables !"
Rudy Demotte et Geert Bourgeois doivent remettre leur rapport au Roi le 4 novembre. Mais, "sauf grosse surprise", juge une source, ils ne pourront pas annoncer le début de véritables négociations pour une majorité paars-geel (violet-jaune), comme on dit en Flandre. "Le PS et la N-VA se sont vus et continuent de se voir, analyse un négociateur. Mais rien ne se dégage de leurs entrevues. La N-VA ne va pas renoncer à l'institutionnel pour plaire au PS… On pensait que les socialistes, une fois Magnette élu président, allaient pouvoir envisager de faire quelques concessions, mais ça ne semble pas être le cas. Ou pas encore, en tout cas. Les revendications du PS sont imbuvables ! Tant que les socialistes ne renoncent pas à leur volonté de revenir à la pension à 65 ans, ça n'ira pas. Ce n'est même pas une question d'idéologie : revenir sur le report de l'âge de départ à la retraite est ahurissant par rapport aux enjeux. La seule solution pour un gouvernement PS/N-VA serait d'accepter de faire de l'institutionnel."
Les nationalistes flamands le répètent depuis plusieurs années : pour eux, gérer le fédéral aux côtés du PS est chose possible mais uniquement si une réforme de l'État est à la clef. Si cette demande était respectée, alors la N-VA accepterait de mettre de l'eau dans son vin sur le plan économique et consentirait à un accord de gouvernement plus "social".
La thèse de la N-VA
Problème : pour mener à bien des réformes institutionnelles, il faut au minimum une majorité des deux tiers au Parlement. Or, le CD&V mis à part, les autres formations politiques ne sont pas chaudes à l'idée de s'engager sur la pente savonneuse d'une réforme de l'État. Quelques mois supplémentaires de paralysie politique pourraient toutefois finir par convaincre les plus réticents… Par ailleurs, les articles les plus sensibles de la Constitution n'ont pas été ouverts à révision à la fin de la dernière législature. Toutefois, la N-VA estime que la loi fondamentale pourra être modifiée après qu'une réforme institutionnelle aura été négociée afin de faire correspondre le droit public à la nouvelle réalité institutionnelle.
Mais ce scénario de sortie de (pré)crise - via une réforme de l'État - semble aussi délicat à mettre en place qu'un gouvernement PS/N-VA lui-même…