"Le CD&V n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été"

- Publié le 22-10-2019 à 06h49
- Mis à jour le 14-11-2019 à 21h51

Les élections à la présidence du CD&V sont très ouvertes et très incertaines. Aucune personnalité forte ne se dégage clairement. Le politologue Dave Sinardet (VUB, Université Saint-Louis) décode ce phénomène.
Les candidats à la présidence du CD&V sont assez faibles en termes de notoriété. Où est passé le CD&V des Martens, Dehaene, Leterme et Van Rompuy ?
Les candidats en lice ne sont pas des personnalités très connues et n'ont pas de poids politique fort. C'est en partie en raison des circonstances. Une candidate aurait facilement obtenu le consensus au sein du parti : Hilde Crevits. Mais, pour diverses raisons, elle a préféré rester ministre. Peut-être estime-t-elle qu'il n'est pas forcément évident d'être président du CD&V dans le contexte actuel.
En effet, à plus long terme, le CD&V semble condamné à perdre de plus en plus de poids électoral….
Quand on regarde les résultats du siècle dernier et plus récemment, on voit qu'il ne reste plus grand-chose de l'ancienne formation au centre du pouvoir. Le CD&V était resté malgré tout le kingmaker, le parti pivot. Avant, on pouvait dire de la politique belge qu'elle était un jeu très simple : 8 millions d'électeurs vont voter et, à la fin, le CD&V décide avec qui il va au gouvernement. Cela a duré pendant longtemps, malgré le petit intermède lors des gouvernements Verhofstadt dans les années 2000. Encore en 2014, après la grande victoire de la N-VA, le CD&V était en position de force pour décider s'il continuait l'alliance précédente au sein du gouvernement Di Rupo ou pas. En 2014, au niveau des accords de gouvernement au fédéral et en Flandre, malgré la victoire des nationalistes, il n'y a pas eu de grand changement. Mais aujourd'hui, le contenu de l'accord du nouveau gouvernement flamand montre que le poids du CD&V est beaucoup moins important qu'il y a cinq ans. Le CD&V n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été, ce grand parti dominant au centre de la politique belge et flamande.
Pourquoi une telle déchéance ? À cause de la N-VA qui a pris des parts de marché du CD&V ?
Ce n'est pas une question typiquement flamande car on constate le même déclin – en pire – avec le CDH du côté francophone. Ce n'est d'ailleurs pas non plus un problème spécifiquement belge : dans beaucoup de pays en Europe, les partis centristes sont en difficulté. Le 26 mai, les Partis socialistes flamand et francophone et les Partis chrétiens-démocrates flamand et francophone ont obtenu des scores électoraux historiquement bas. Il en va d'ailleurs de même pour les libéraux : le 26 mai, l'Open VLD a livré son plus mauvais score depuis 1961 et le MR, depuis 1991. Les partis traditionnels sont en mauvaise posture en général : les formations qui tournent autour du centre perdent des voix vers les partis radicaux. Il est vrai toutefois que le CD&V est fondé sur l'une des lignes de fracture historiques de la Belgique : la ligne philosophique. Mais, sociologiquement, cette fracture n'a plus aujourd'hui de pertinence. Être catholique ou libre-penseur n'est plus un critère déterminant dans la vie et dans le comportement électoral.
La N-VA est-elle en train de remplacer le CD&V comme parti central de la vie politique flamande ?
Oui, c'est vrai en partie. Mais la N-VA est, elle aussi, en pleine crise d'identité. Même si c'est moins visible qu'au CD&V, sans doute car la N-VA réussit à mieux le cacher… Au sujet de la N-VA, on peut s'interroger également : cette formation veut-elle être un Vlaams Belang light ou bien le nouveau CD&V ? Ce n'est pas très clair. Au sein de la N-VA, les deux tendances existent. Toutefois, il est juste de dire que, ces dernières années, la N-VA a voulu remplacer le CD&V en tant que grand parti incontournable au centre. C'est pour cela que les nationalistes ont laissé le communautaire de côté en 2014, par exemple.
Le CD&V finira-t-il par disparaître ?
Ce ne serait pas illogique, vu la disparition des anciennes lignes de fracture belges. Mais certaines formations chrétiennes-démocrates en Europe réussissent à retrouver de la popularité, à se réinventer. En Autriche, par exemple, même si c'est au prix d'une évolution vers de l'extrême droite light… On peut aussi imaginer qu'une personnalité forte finisse par dynamiser le parti, au moins à court terme. Mais je crois toutefois que pour le CD&V, se réinventer sur le long terme sera difficile.