Le gouvernement wallon doit maintenant retrouver un équilibre
Il est pour l'instant difficile de savoir si l'arrivée d'Adrien Dolimont au sein du gouvernement wallon aura des conséquences fâcheuses pour la bonne marche de l'exécutif. Parce que le nouveau venu doit d'abord apprendre à maîtriser ses dossiers avant de pouvoir fonctionner pleinement avec des ministres dont certains jouissent déjà d'une grande expérience politique.

- Publié le 11-01-2022 à 21h18
- Mis à jour le 16-01-2022 à 20h13

Lorsqu'il tenait les rênes du Budget wallon, Jean-Luc Crucke, le prédécesseur de Dolimont, était connu pour sa dureté. Certes, l'homme était cordial, aimable, sympathique et plutôt à l'écoute de chacun de ses collègues. Il avait néanmoins une poigne de fer. "Je dis non aussi aux ministres MR", confiait-il encore il y a plusieurs mois. Parce que celui qui tient le Budget est celui qui doit dire non lorsqu'un ministre se montre trop gourmand. Dolimont sera-t-il capable d'afficher la même sévérité sans se mettre tout le monde à dos ? Il viendra assurément avec son style et il apprend vite, nous dit-on. Fort heureusement pour lui, certains arbitrages difficiles ont déjà été réalisés.
Mais il aura fort à faire. Le chef de file libéral au gouvernement, Willy Borsus, dispose d'un portefeuille garni de très nombreuses compétences (Économie, Agriculture, etc.). Et pour les faire tourner, il a besoin de disposer des moyens nécessaires. Si Dolimont connaît bien le niveau communal, Borsus connaît très bien, lui, les arcanes de la politique wallonne. Il pourrait tout aussi bien jouer les paravents si son jeune collègue devait se retrouver en difficulté tout en exerçant un certain ascendant sur celui-ci.
L'armada socialiste
Et puis, il y a Elio Di Rupo (PS). Le ministre-Président wallon est un vieux de la vieille. Rappelons à ceux qui l'auraient oublié qu'il a quand même été Premier ministre. Et l'armada PS au sein du gouvernement wallon sait se serrer les coudes lorsque c'est nécessaire. La vice-présidente socialiste, Christie Morreale, a elle aussi pris de la bouteille depuis son arrivée comme ministre, crise du Covid oblige. Et ses besoins financiers sont importants (Santé et Emploi).
Enfin, Philippe Henry, le vice-président Écolo du gouvernement, porte sur les épaules un gros morceau de la politique wallonne (Mobilité, Énergie et Climat) de cette législature. Le Liégeois n'est pas un tueur mais il a lui aussi une grande expérience politique.
La plus grande inconnue réside surtout dans la position qu'adoptera le président du MR, Georges-Louis Bouchez. En devenant ministre, Adrien Dolimont lui est désormais redevable. Le président abusera-t-il de cette situation pour s'immiscer plus que de raison dans les affaires du gouvernement wallon ? Personne, en Wallonie, dans les rangs du PS et d'Écolo - et même chez certains MR - ne veut voir le gouvernement wallon se faire torpiller par le Montois comme il le fait souvent avec le gouvernement fédéral, dont son parti est membre également.
Les premiers mois d'Adrien Dolimont à ce poste seront donc décisifs. Parce qu'au-delà de la question de la nomination d'un ministre, c'est tout l'équilibre du gouvernement wallon qui est en jeu. Depuis son installation, l'exécutif a traversé deux crises majeures, l'affaire Nethys et le Covid. Deux crises qui ont soudé les ministres. Ils doivent désormais mettre le turbo sur le plan de relance qui n'est pas exempt de critiques. Une déstabilisation inutile de cet équilibre serait probablement dommageable pour la Wallonie.