Élections 2024 : "En arrêtant le gaspillage d'argent public, on peut économiser 10 milliards d'euros"
Les Engagés lancent leur campagne électorale ce samedi à Namur. Parmi les priorités : santé et réforme fiscale. Selon leur vice-président Jean-Luc Crucke, qui quittait le MR il y a près d'un an, il faudra couper dans certaines dépenses publiques pour financer les investissements de demain.

- Publié le 20-01-2024 à 07h18

Les Engagés donnent ce samedi, à Namur, le coup d'envoi de leur campagne électorale en vue des scrutins européen, fédéral et régional du 9 juin. Le programme du parti, lourd de 700 pages, sera adopté à cette occasion. Dans la salle, on retrouvera le député wallon Jean-Luc Crucke, qui avait quitté le MR il y a près d'un an pour rejoindre le mouvement centriste, dont il est vice-président.
Les Engagés se définissent comme le parti de la Santé. C'est votre grande priorité ?
Oui, la première ligne de force du programme des Engagés, c'est la santé, le bien-être. Tout dépend de la santé. Il faut parfois l'avoir perdue pour s'en rendre compte. Si on n'y travaille pas correctement, toutes les autres matières, comme le pouvoir d'achat, sont plus difficiles à aborder. Une fois qu'on y aura travaillé, une autre priorité est le volet climat-énergie-environnement, qui est devenu une évidence. Ainsi que l'emploi et la fiscalité. Aujourd'hui, quelqu'un qui travaille et n'a pas de gros revenus finit par se poser la question de l'utilité de travailler (en raison du niveau d'imposition, NdlR).
C'est ce sentiment dans la population qui fait progresser le PTB à l'extrême gauche ?
Les extrêmes profitent des faiblesses de la démocratie pour caricaturer, diviser, pointer l'autre, mais sans proposer de solutions. Quand on affirme quelque chose, s'il n'y a pas une pensée qui soutient une solution, que l'on vante un modèle qui n'a pas fait ses preuves, alors on est plus là pour casser que pour créer.
On pourrait avoir un plan sur cinq ans pour diminuer graduellement le soutien aux énergies fossiles, qui pèse 14 milliards d'euros.
Les Engagés ont présenté ces derniers mois quatre "plans de transformation" : santé, emploi-fiscalité, énergie-climat et police-justice. Chacun d'eux demande des investissements importants. Comment les finance-t-on ?
L'équilibre budgétaire est important pour nous. On a chiffré les besoins de financement à 50 milliards d'euros. On y arrive en allant chercher des recettes, dans le capital par exemple. Mais, clairement, on ne fera pas mieux fonctionner la police, la justice, les métiers de la santé, si on ne met pas sur la table la question de dépenses publiques.
Concrètement ?
Je reprends poste par poste. D'abord, un taux d'emploi de 80 %, c'est 10 milliards d'euros pour l'État. Lutte contre la fraude fiscale et sociale : plus de 15 milliards. Des taxes et recettes plus justes pour 12 à 13 milliards, car certains, comme les multinationales, échappent à l'impôt. On supprime aussi des niches fiscales pour 3 milliards. Nous, on veut une réforme fiscale, ce que le gouvernement fédéral n'est pas parvenu à faire. Certains ont préféré ne pas avancer du tout plutôt que de faire un petit pas dans la bonne direction qui aurait permis de mieux marquer la différence entre ceux qui travaillent et ceux qui vivent d'allocations.
Vous visez le MR ? Les six autres partis de la majorité Vivaldi semblaient prêts à conclure un compromis.
C'est clair que le MR est responsable. Ils disent qu'ils ont bloqué parce qu'il n'y a pas eu d'avancées sur la réforme du marché du travail. Cette manière de travailler dans un gouvernement est exécrable. Quand on est dans une coalition, on sait bien qu'il faut trouver des consensus, abandonner un peu de son idéologie, sinon on ne sait plus faire de gouvernement en Belgique. Chez Les Engagés, on défend une baisse de l'impôt sur le revenu mais en supprimant des niches fiscales dans lesquelles ne rentrent généralement que ceux qui ont le plus d'imagination fiscale.
Qu'en est-il du volet "économies" ?
Nos mesures, nous les finançons aussi en arrêtant le gaspillage d'argent public. On vise un montant de 10 milliards d'euros. On pourrait encore ajouter ce fameux soutien de 14 milliards d'euros par an aux énergies fossiles (qui ne se trouvait pas dans la version originale du plan de transformation des Engagés, NdlR). Il faut être raisonnable. On ne va pas supprimer 14 milliards en une fois. Par contre, on pourrait avoir un plan sur cinq ans pour diminuer graduellement cette enveloppe. J'aime bien cette manière de travailler parce qu'elle permet à chacun de changer ses comportements pour ne pas se sentir pénalisé.
Lors de la présentation du plan fiscalité-emploi, votre président de parti, Maxime Prévot, avait reconnu ne pas avoir identifié les dépenses représentant ce montant de 10 milliards. Vous avez été ministre wallon du Budget. Où peut-on faire des économies ?
Moi, en Wallonie, j'ai fait le travail. Le "budget base zéro" a permis d'identifier en Wallonie des dépenses pour 1,5 milliard d'euros - sur un budget de 17-18 milliards - qu'il est possible de diminuer si on fait des réformes structurelles. Ce travail a pris deux ans. Il a mobilisé toute l'administration, mon cabinet, des experts extérieurs. Ce travail devrait aussi être mené au fédéral. Sur ce milliard et demi, je ne dis pas que tout est à supprimer, mais je regrette qu'après mon départ, le gouvernement n'ait plus avancé.
Mais, donc, sur quels postes peut-on faire des économies ?
On peut commencer par les cabinets ministériels. Un ministre en France a 13 collaborateurs ; 7 ou 8 pour un secrétaire d'État (contre des dizaines en Belgique, NdlR). Si c'est possible en France, ça doit être possible chez nous. Cela ne représente pas une masse budgétaire énorme, mais ce sont des signaux qu'on doit envoyer à la population si on lui demande de faire des efforts aussi.