Un rapport d'inspection de la Fédération Wallonie-Bruxelles tape sur les doigts des Jeunes MR et pointe "une série de dysfonctionnements"
La ministre Françoise Bertieaux avait chargé l'inspection "de faire toute la lumière" sur la situation interne" après la révélation par la Libre de sérieux dysfonctionnements internes.

- Publié le 16-04-2024 à 06h55

Des intrigues et manœuvres politiques dignes de la série Borgen. C'est ainsi que certains libéraux décrivaient, en novembre dernier dans La Libre, la situation au sein des Jeunes MR bruxellois, l'organisation de jeunesse politique liée au Mouvement Réformateur.
Deux présidentes de section locale des Jeunes MR avaient ainsi dénoncé des tentatives de pressions internes, des putschs à répétition, qui seraient en réalité, selon elles, des manœuvres visant à inscrire massivement de nouveaux membres dans certaines sections, de manière à faire basculer ces élections. Un cas de plainte pour harcèlement interne avait également été enregistré.
Ces accusations avaient été démenties en bloc par le président des Jeunes MR bruxellois, Kévin Karena, selon qui ses opposants s'étaient eux-mêmes mis en difficulté en ne respectant pas les statuts des Jeunes MR.
Françoise Bertieaux, ministre de l'Enseignement supérieur en charge de la Jeunesse, avait chargé l'inspection "de faire toute la lumière" sur la situation interne au sein des Jeunes MR qui, en tant qu'organisation de jeunesse, bénéficie de subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Les Jeunes MR ont ainsi reçu en janvier la visite de l'inspection, qui a rendu son rapport le 30 janvier. La Libre a pu le consulter.
L'inspection formule plusieurs remarques préalables, soulignant "une forme de flou dans le processus d'adhésion des jeunes" aux différents organismes des Jeunes MR.
L'inspection souligne la "nécessité de formalisation du processus d'adhésion" ainsi que d'" une distinction explicite entre les sympathisants et les membres actifs afin de clarifier les différentes strates de participation".
Ces remarques ne sont pas anodines puisque plusieurs présidents de section locale ont dénoncé des "vagues de fausses inscriptions" aux airs de petits putschs entre amis.
Le cas des sections de Bruxelles-ville, Ixelles et Etterbeek, a été spécifiquement analysé par l'Inspection qui pointe notamment le fait que "des décisions d'assemblées générales ont été prises en dehors du cadre prévu par les statuts."
Des statuts qui peuvent, déplorent les inspecteurs, être modifiés sans aucune nécessité de quorum des membres. Une assemblée générale d'Ixelles de janvier 2024 a ainsi pu modifier les statuts de la section avec seulement 7 membres présents sur… 28. Le même cas de figure s'est produit pour l'assemblée générale de Bruxelles-ville, où seuls… 3 membres étaient présents. L'inspection note encore que, dans cette même section, "le cadre statutaire a été forcé", pour mener à la mise en place d'une co-présidence.
L'inspection pointe également le cas de quatre personnes "non reprises sur la dernière version du listing" des Jeunes MR, qui se sont pourtant vus octroyer un droit de vote lors d'une assemblée générale ixelloise, en décembre dernier.
"Cette prérogative mobilisée par le Président de la Fédération régionale (Kévin Karena) n'est pas prévue par les statuts et même, y contrevient", note l'inspection.
Dans sa conclusion, les inspecteurs de la FWB constatent "une série de dysfonctionnements qui méritent une prise en main par l'association", au regard du Décret qui fixe les conditions d'agrément et d'octroi de subventions aux organisations de jeunesse.
Ils formulent enfin plusieurs recommandations, comme celle de formaliser le processus d'adhésion, ou encore de veiller à ce que les procédures garantissent la représentativité démocratique des décisions prises.
"Nous avions déjà élaboré un plan d'action"
Laura Hidalgo, présidente nationale des Jeunes MR, confirme avoir pris connaissance des conclusions du rapport de l'inspection, et assure avoir agi avant même de le recevoir. "À la suite de notre rencontre avec notre inspecteur, nous avons entamé un chantier de réflexion autour notamment de la clarification des processus internes. Cela constituera un des éléments d'attention de notre prochain quadriennat", précise-t-elle.
L'inspection, malgré son recadrage, reconnaît en effet "la bonne volonté de l'association d'améliorer son mode de gouvernance".
"Les tensions sont apaisées"
"Les tensions sont apaisées, des explications ont eu lieu, nous confirme un président de section locale. On est tous beaucoup plus sereins et plus unis. Et puis, ces derniers temps, Kevin Karena (NdlR : qui sera 70e sur la liste régionale bruxelloise) fait profil bas."