Le choix du PS et d'Ecolo inquiète, la situation au carrefour Léonard dégénère mais qui a fauté ?
Chaque vendredi, La Libre vous propose un résumé de l'actualité pré-électorale en Belgique en revenant sur les trois faits marquants de ces sept derniers jours.

- Publié le 19-04-2024 à 14h39
- Mis à jour le 22-04-2024 à 10h18

J-51. À quelques semaines des élections fédérales, régionales et européennes, la sphère politique belge s'agite. Les annonces s'enchaînent. Les partis resserrent leurs rangs en vue du mégascrutin du mois de juin. Pour y voir plus clair, La Libre revient chaque vendredi sur les trois actualités qui ont marqué la semaine politique. Nouvelles recrues, tensions, programmes... découvrez tout ce que vous auriez pu rater ces derniers jours.
1. Le PS et Ecolo ont-ils franchi le rubicon ?
"Un coup de poignard", "Une déloyauté totale", "Une coalition de l'échec, de la faillite et du chômage"... Le MR ne semblait pas avoir de mots assez forts, ce mercredi 17 avril, pour qualifier la "trahison" des ses partenaires au sein du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les libéraux n'ont clairement pas digéré le passage en force du PS et d'Ecolo sur la réforme du décret Paysage. Et ce ne sont pas les seuls. Les médias se sont également émus face à cette majorité alternative formée par les socialistes et les écologistes avec le PTB pour modifier les règles en place dans l'enseignement supérieur. Si ce n'est pas la première fois que l'extrême gauche (ou même droite) est appelée à la rescousse, il n'en reste pas moins qu'à quelques semaines des élections, le signal envoyé est fort, selon la presse francophone.
Ecolo et le PS seraient-il prêts à s'allier avec la formation de Raoul Hedebouw ? Rien n'est moins sûr, mais la question se pose... Pour l'ancien recteur de la KULeuven Rik Torfs, on est en tous les cas face à un dangereux précédent. "Au sud du pays, il y a beaucoup plus de compréhension à l'égard de l'extrême gauche qu'à l'égard de l'extrême droite. Et ça va mener un jour à la conclusion d'un accord gouvernemental avec le PTB", a mis en garde l'ex-sénateur CD&V, dans La Libre. "Bien entendu, on ne pourra pas maintenir alors le Vlaams Belang dans l'opposition en Flandre. Cette collaboration avec le PTB peut faciliter la présence du Vlaams Belang dans le gouvernement flamand. L'entrée de l'un rend l'entrée de l'autre possible."
Les critiques ont fusé tout au long de la semaine. Le président du PS, Paul Magnette, a bien tenté de se justifier, sur les plateaux télévisés et sur les réseaux sociaux, mais ses arguments n'ont pas semblé convaincre. Ni à gauche, ni à droite. Des deux côtés de l'échiquier politique, on est catégorique: le leader socialiste "ment". Pour le PTB, Magnette déforme la réalité quand il dit que le PS n'avait pas besoin de l'extrême gauche pour faire passer son texte sur la réforme du décret Paysage. Pour le MR, le président du PS déforme largement les faits et omet de dire que son parti a validé à plusieurs reprises la réforme, qu'il a soudainement détricotée. Voilà encore une séquence qui ne risque pas de redorer le blason de nos politiques...
2. Les ambitions wallonnes de Bart De Wever se concrétisent
Sacré challenge que s'était lancé Bart De Wever en décembre dernier. Désireux de peser dans le débat politique au sud du pays, le président de la N-VA annonçait que son parti allait présenter des listes en Wallonie. Bien.. Mais qui pour y figurer ? Les délais étaient court. La tâche pas facile. Mais le chef des nationalistes flamands a finalement réussi à boucler ce dossier. Ce 16 avril, il a pu officiellement présenter ses listes. Avec quelques surprises...
Bon, comme attendu, on retrouve beaucoup de membres du parti actifs en Flandre. Mais les nationalistes flamands ont également réussi à mettre la main sur quelques candidats intéressants, comme Michel De Wolf, ancien doyen de la Louvain School of Management. Il tirera la liste N-VA dans le Hainaut. A Namur, c'est Laurence Genot, ancienne MR qui avait rejoint les Listes Destexhe, qui mènera le combat pour les nationalistes flamands. Au Luxembourg, le parti comptera sur Anne-Laure Mouligneaux, la porte-parole francophone de la N-VA. Enfin, Evelien Barbieux défendra les idées nationalistes à Liège.
La tête de liste dans le Brabant wallon, Drieu Godefridi, avait déjà été présentée le mois dernier. Mais l'homme n'avait pas fait l'unanimité. Loin de là. En cause, sa radicalisation de ces dernières années. Il s'était par exemple prononcé en faveur d'une alliance avec le Vlaams Belang et a défendu avec ferveur pendant un temps l'ancien président américain Donald Trump (il est notamment l'auteur de La révolution Trump, un essai publié en 2018). Pour l'épauler, la N-VA a été dénicher un ancien joueur d'Anderlecht, Jacky Munaron. Il occupera la cinquième et dernière place de la liste dans le Brabant wallon.
Certains observateurs sont unanimes: le succès ne sera pas au rendez-vous pour les nationalistes flamands au sud du pays. Mais ça, seules les urnes nous le diront... La N-VA pourra au moins se consoler en se disant qu'elle aura participé. Au nord comme au sud.
3. Chaos au carrefour Léonard: trouvez le responsable
Tandis que les discussions sur le carrefour Léonard patinent, les files s'allongent sur le ring de Bruxelles. La colère des navetteurs monte. Mais à l'heure actuelle, aucune solution ne se dessine. S'il fallait se douter que les chantier titanesque du carrefour Léonard allait engendrer d'importants embarras de circulation, qui aurait cru que ce dossier virerait à la foire d'empoignes politique ? Chacun se rejette la faute. Les écologistes, qui gèrent la compétence Mobilité au fédéral, comme en Wallonie et à Bruxelles, sont pointés du doigt. Ils répliquent en imputant la responsabilité de ce chaos à la Flandre, qu'ils accusent de ne pas les avoir tenus informés. "La Région flamande est responsable d'établir et d'assurer les mesures d'accompagnement, avec des itinéraires alternatifs et de la protection des quartiers des reports de trafic, mais aussi des mesures de renfort d'offres alternatives (train, bus etc.)", a pointé la porte-parole de la ministre bruxelloise de la Mobilité à La Libre, dénonçant l'absence de réelle coordination. "Rien de tout cela n'a été fait. Ils se sont contentés d'un toutes-boîtes incomplet. C'est catastrophique pour une des principales entrées de la Région de Bruxelles-Capitale."
Pourtant ce jeudi, La Libre apprenait que Bruxelles et la Wallonie étaient bel et bien au courant des différentes phrases de travaux prévus. Des mails démontrent que les administrations des deux régions avaient été contactées au sujet dudit chantier, mais également sollicitées pour une concertation. "Nous pensons qu'il faudrait organiser une courte réunion numérique pour discuter des nuisances à venir et pour réfléchir à la manière de gérer la communication pour détourner le trafic. Nous pensons qu'il faut communiquer longtemps à l'avance que le passage à Léonard sera très difficile", peut-on lire dans un mail envoyé à l'administration bruxelloise et wallonne par l'Agentschap Wegen en Verkeer en février.
Alors, comment se fait-il que l'on en soit arrivé à un tel chaos ? La ministre de la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen), a dû s'expliquer ce vendredi au Parlement bruxellois. Dans nos colonnes, elle a continué à affirmer que les informations qui lui avaient été communiquées étaient "vagues". Mais pas sûr que cet argument tienne longtemps la route au vu des preuves accablantes à l'encontre de son administration...