Négociations fédérales : pour le moment, la stratégie de Bart De Wever fonctionne
Le formateur royal a reçu deux semaines de plus pour faire atterrir la future coalition gouvernementale entre la N-VA, le MR, Les Engagés, le CD&V et Vooruit (l'Arizona). Les prochains jours seront décisifs.

- Publié le 25-11-2024 à 19h17
Le microcosme politique belge retient son souffle. Depuis plus d'une semaine, les négociateurs de la potentielle coalition "Arizona" (N-VA, MR, CD&V, Vooruit, Engagés) s'enferment à la Chambre des représentants pour tenter d'obtenir d'un accord. Pour l'instant, pas de tweet vengeur, pas d'interview qui mettrait de l'huile sur le feu : les présidents de partis et leurs seconds sont passés "en mode avion"… C'est bon signe, d'ailleurs. Par cette discrétion, par ce silence opposé aux questions des journalistes, ils signifient que leur volonté d'aboutir est réelle.
Deux semaines de plus
Sur la base de cette confiance retrouvée, la mission de formation confiée à Bart De Wever a été prolongée par le Roi, ce lundi. Le président des nationalistes flamands a reçu deux semaines de plus. Prochaine audience au Palais : le mardi 10 décembre. Dans l'entourage des principaux acteurs de cette pièce, l'espoir est réel de mettre en place un nouvel exécutif pour la fin de l'année. Accessoirement, ce timing serré permettrait au futur gouvernement fédéral d'adopter in extremis un budget 2025 qui fixerait déjà les grandes orientations de la législature "arizonienne".
Vont-ils réussir ? Le 12 novembre, date de sa précédente rencontre avec le chef de l'État, Bart De Wever, avait été maintenu dans sa mission royale malgré les fortes turbulences suscitées par le patron des socialistes flamands, Conner Rousseau. Depuis lors, le formateur a avancé très prudemment pour ne pas gripper la mécanique de cette reprise des discussions. La stratégie à laquelle il a eu recours a fait ses preuves : (re)commencer les pourparlers par les dossiers qui fâchent le moins afin d'engranger des accords partiels et de créer une dynamique positive. Selon cette méthode, les points plus délicats sont mis sous cloche en attendant que l'atmosphère s'allège.
La N-VA plus souple sur l'institutionnel ?
Petit à petit, les négociateurs sont entrés dans la phase dure. Ce week-end, ils ont travaillé sur la question institutionnelle et il semble que personne n'ait claqué la porte. Les points de vue au sein de l'Arizona sont pourtant fort opposés. Les francophones (MR et Engagés) rejettent clairement les ambitions confédéralistes de la N-VA. Mais les nationalistes savent qu'ils n'auront de toute façon pas les deux tiers des voix nécessaires à la Chambre pour adopter une réforme de l'État. Bart De Wever ne l'a pas encore reconnu officiellement, mais il est probable qu'il acceptera de mettre l'institutionnel au frigo. Comme il l'avait fait en 2014, lors de l'avènement du gouvernement Michel.
Le ciel "arizonien" pourrait toutefois voir passer quelques lourds nuages, ce mercredi. Les propositions de réformes socio-économiques et les questions budgétaires devraient revenir sur la table. Or, c'est bien là que se situe la vraie ligne de fracture entre les formations politiques. Où faire peser l'effort budgétaire de plusieurs milliards qui s'impose ? Quel sera le montant de la facture que la nouvelle majorité présentera aux contribuables ? Vooruit met un point d'honneur à taxer les "épaules les plus larges", notamment en s'attaquant aux plus-values boursières, mais le MR de Georges-Louis Bouchez pourra-t-il supporter ce virage à gauche ? Cette incertitude socio-économique empoisonne les discussions depuis le départ. Il faudra absolument la lever.
L'air est connu : les prochains jours seront déterminants. "Cette semaine sera décisive, prédit une source impliquée dans les négociations. Si ça continue d'avancer, on ira au bout. Mais il ne faut plus de turbulence."