Un bon d'État "Défense" pour financer l'armée ? Le scénario retoqué par les négociateurs de l'Arizona
L'idée avait été avancée par le département de la Défense lors d'une rencontre avec les présidents des partis de la future majorité fédérale.

- Publié le 11-12-2024 à 18h22

Le gouvernement De Wever devra probablement réaliser un effort important en faveur de la Défense. Dernièrement, La Libre a pu révéler que la putative majorité" Arizona" envisage d'accélérer les investissements dans l'armée afin, notamment, de se conformer à la norme Otan des 2 % du PIB consacrés à ce département. Voire à dépasser ce pourcentage (2,5 % du PIB pour 2035, selon un scénario soumis aux négociateurs).
Pour payer tout cela, le formateur Bart De Wever proposait dans sa dernière "super note" de créer un fonds spécial pour la Défense qui serait alimenté par l'argent résultant de la vente d'actifs de l'État fédéral (tout ou partie des actions détenues dans de grandes entreprises).
Selon nos informations, une autre piste a atterri cet été sur la table "arizonienne". Elle a été avancée par les représentants de la Défense eux-mêmes lors de contacts avec les présidents des cinq partis de la coalition fédérale en devenir. Il s'agissait de lancer un "bon Défense", c'est-à-dire un bon d'État consacré au refinancement du département, quelle que soit la trajectoire budgétaire finalement retenue (2 % du PIB pour la fin de la législature ou 2,5 % pour 2035).
Cette idée n'est pas farfelue. Elle avait même été évoquée par l'économiste Peter De Keyzer dans une carte blanche publiée dans De Tijd en début d'année. Sur le modèle des grands emprunts de guerre, il proposait cette solution : "Mobiliser le capital populaire avec pour objectif, la reconstruction de notre défense collective […]. L'émission des bons Défense permettrait non seulement à la Belgique d'obtenir les ressources nécessaires à sa protection, mais augmenterait également la participation des citoyens et renforcerait la confiance dans la sécurité nationale".
Impliquer les citoyens
Mais cette idée a été retoquée rapidement par les négociateurs car, estimaient-ils, la Belgique ne peut plus se permettre d'alourdir davantage le poids de sa dette. "Un bon Défense à l'égal d'un bon d'État, c'est juste de la dette, quoi", critique un "arizonien", qui confirme par ailleurs que les représentants de la Défense avaient bien suggéré cette méthode. "Par contre, l'avantage de cette formule, c'est d'intéresser le citoyen dans la Défense", reconnaît toutefois le même informateur. La piste d'un fonds alimenté par la vente d'actifs garde, à ce stade, les faveurs des partenaires de la future majorité.
Pour rappel, le bouleversement de la géopolitique et le retour de Donald Trump à Washington en janvier ont remis les questions militaires à l'agenda fédéral. Sous la Vivaldi (le gouvernement De Croo), une feuille de route pour le réinvestissement dans la Défense permettant d'atteindre les 2 % "otanesques" avait été définie. Mais, désormais, les partis "arizoniens" souhaitent faire mieux. Une manière de répondre aux enjeux internationaux, mais aussi de se démarquer par une décision forte de l'équipe fédérale en affaires courantes.