Bart De Wever continue comme formateur de la coalition Arizona, mais il vit mal les critiques reçues de ses partenaires : "Il est dégoûté"
Le président de la N-VA a été reçu en audience au Palais. Il poursuit sa mission en vue de la mise en place du prochain gouvernement fédéral. Malgré les attaques dont il fait l'objet. Nouveau rapport attendu le 20 décembre.

- Publié le 10-12-2024 à 17h32
- Mis à jour le 10-12-2024 à 20h18

Le formateur royal va poursuivre sa mission. C'est la décision prise par le Roi après la nouvelle audience accordée au nationaliste flamand, ce mardi à 16 heures. Une fois de plus, Bart De Wever rempile mais pourra-t-il encore continuer longtemps dans de telles conditions politiques ? La coalition "Arizona" a tangué tout le week-end, les conflits qui minent cette potentielle alliance au fédéral depuis des mois n'étant toujours pas apaisés. Ces bisbrouilles portent sur l'essentiel : la réforme fiscale, le cadre budgétaire, les réformes socio-économiques, les coupes claires à réaliser pour sauvegarder les finances publiques…
Sur le plan psychologique, six mois après les élections, le formateur est fatigué de cette paralysie mais aussi des attaques ad hominem qu'il a subies ce week-end par presse interposée. "Bart De Wever est dégoûté, affirme une source. Dégoûté des critiques diffusées dans les médias contre sa méthode de travail. Bart est aussi président de la N-VA, le plus grand parti flamand, et il ne ménage pas ses efforts pour obtenir un accord. Lui aussi doit faire des compromis difficiles." Le formateur a d'ailleurs formulé une remarque à l'égard de ces attaques aux présidents de parti réunis en "réunion plénière", ce mardi.
Des critiques sur la forme et sur le fond
Des critiques portant sur "la méthode de travail" peuvent sembler anodines. Mais le patron de la N-VA est un trop fin homme politique pour ne pas comprendre qu'elles masquent bien souvent aussi des critiques sur le fond des dossiers. Certains partenaires mécontents de ne pas obtenir ce qu'ils souhaitent utilisent cette arme, qui reste relativement diplomatique. Un tir de sommation, en quelque sorte.
Ce qui est reproché au formateur, c'est de vouloir fixer au préalable un cadre budgétaire avant de négocier, mesure par mesure, le futur accord de gouvernement. On le sait, les "arizoniens" doivent assainir les comptes de l'État durant cette législature et cela obsède Bart De Wever. Plus de 25 milliards d'euros d'effort au total. Tout cela en préservant les services de sécurité au sens large (qui devraient être immunisés budgétairement), entre autres et même refinancer la Défense.
La fiscalité, au cœur du problème
Sur les nouvelles recettes, la pierre sur laquelle les négociateurs butent est toujours la même : quelle fiscalité pour "les épaules les plus larges" ? Les socialistes flamands veulent absolument frapper les plus-values boursières. Le MR, dans le camp d'en face, est allergique à cette idée : les libéraux francophones ne peuvent accepter que l'Arizona – qui est censée être de centre droit – augmente la pression fiscale de manière globale. C'est la quadrature du cercle…
Dans cette partie, Conner Rousseau semble vouloir jouer la montre et refuse de se laisser enfermer dans un timing trop serré. Le cap d'un accord pour Noël semblait être acquis. Mais le patron de Vooruit ne veut pas que cette date soit considérée comme un fétiche. S'il faut négocier en janvier, il se montrera disponible, aurait-il déjà fait savoir à ses partenaires.
Reste que de la réunion plénière de ce mardi, il ressortait que les autres présidents de parti maintenaient leur confiance en Bart De Wever en tant que formateur (et donc en tant que futur Premier ministre). Les discussions "arizoniennes" vont pouvoir reprendre. Que devrait-il se passer dans les prochains jours ? Les présidents de parti se réuniront pour négocier la dernière version de la note socio-économique de Bart De Wever dans ses trois grands volets : pension, fiscalité et réforme du marché du travail. Un accord devra être obtenu en priorité sur les mesures envisagées, les contraintes budgétaires étant examinées en parallèle. Ce changement de méthode était demandé par le CD&V, Vooruit et, tout particulièrement, par Les Engagés.
La coalition "Arizona" (N-VA, CD&V, MR, Engagés, Vooruit) reste en tout cas le "plan A" au fédéral. Cette formule a-t-elle encore une chance d'aboutir ? Oui, selon plusieurs sources. Toutefois, de l'eau doit encore couler sur les ponts "arizoniens". L'espoir d'avoir un accord pour Noël s'éloigne vu la masse de travail à abattre avant de réconcilier toutes les formations autour de la table.