"On a coupé la poire en deux" : Bart De Wever revient sur les tensions politiques de l'été
Le Premier ministre a défendu la position de son gouvernement sur Gaza, répondu à l'opposition qui lui reprochait ses silences, et demandé qu'on le juge sur les actes plutôt que sur les déclarations.

- Publié le 16-09-2025 à 19h46
- Mis à jour le 16-09-2025 à 22h12
À tout seigneur, tout honneur. La reprise de travaux parlementaires s'est faite mardi, sur le coup de 9 h, en présence du Premier ministre Bart De Wever (N-VA). Durant la trêve estivale, le patron de la coalition Arizona avait été attaqué par l'opposition pour son silence sur le conflit en cours à Gaza. Pour son absence, aussi, à la commission parlementaire des Relations extérieures du 14 août, et plus encore à celle du 3 septembre après que son gouvernement a défini une position commune sur la problématique israélo-palestinienne. Les députés l'attendaient donc de pied ferme.
"Depuis cet accord, vous n'avez même pas pris la peine de vous présenter devant le Parlement pour clarifier la position de votre gouvernement", a déploré Lydia Mutyebele (PS). "Après un été de génocide, vous voilà enfin devant nous. J'espère que votre safari s'est bien passé", a ironisé Rajae Maouane (Écolo), en référence aux vacances de la famille De Wever en Afrique du Sud. Et Staf Aerts (Groen) de renchérir : "On vous a vu parler de chat et d'éléphant, alors que la situation s'est dégradée. Les experts font état d'un génocide. Mais vous étiez en vacances…"
Bart De Wever a donné une réponse en trois temps.
Premier temps : le bilan. Il a tenu à souligner – "parce que personne n'en a parlé" – que la Belgique s'était démarquée durant l'été par l'aide humanitaire qu'elle a apportée à la population de la bande de Gaza, notamment par le largage de vivres et de médicaments, et par l'évacuation de blessés. "Au prorata, nous devons être le premier pays dans le monde. Nous agissons sur le terrain ! Ce que notre pays a fait a concrètement aidé les personnes sur le terrain."
Le brouhaha des présidents de parti
Deuxième temps : l'émotion. Bart De Wever s'en est pris à François De Smet (Défi), qui l'interrogeait sur ses "convictions profondes" sur la situation à Gaza. "Je crois que les Palestiniens ont droit à leur propre État et à vivre en paix en coexistence avec Israël. Et les procès d'intention qui m'accusent d'indifférence, je ne vais pas les oublier, ce sont des mots qui pèsent lourd."
Vous croyez que si j'avais interrompu mes vacances, ça aurait changé quelque chose sur le terrain ? C'est dangereux de faire croire cela.
Il a aussi vilipendé Raoul Hedebouw (PTB), qui lui reprochait d'avoir utilisé l'expression "brouhaha du monde extérieur" pour qualifier les protestations de la société civile sur Gaza. Le Premier ministre l'a contredit, affirmant qu'il visait les présidents de parti de sa propre coalition. "Ce genre de mensonges sont vraiment ignobles, a dit le nationaliste à l'attention du président du PTB. Ils créent une atmosphère de polarisation."
Enfin, à tous ceux qui lui reprochaient son silence durant ses vacances : "Vous croyez que si j'avais interrompu mes vacances, ça aurait changé quelque chose sur le terrain ? C'est dangereux de faire croire cela."
Direction New York
Troisième temps : le fond. Il a rappelé l'accord intervenu au sein de son gouvernement. En substance : la Belgique a acté une série de sanctions contre Israël et soutiendra toutes celles que prendrait l'Union européenne ; elle se joint à la déclaration de New York portée par la France et l'Arabie saoudite en faveur d'une solution à deux États − Israël et la Palestine ; et elle réclame la démilitarisation du Hamas et la libération de tous les otages israéliens.
Au sein de l'Arizona, Les Engagés, Vooruit et le CD & V considèrent que le soutien à la déclaration de New York vaut reconnaissance de facto de l'État palestinien. La N-VA et, surtout, le MR estiment que seule la reconnaissance juridique compte, via un arrêté royal qui sera approuvé lorsque deux conditions – la démilitarisation du Hamas et la libération des otages – seront remplies.
"On peut se demander si ces conditions sont des conditions préalables et si la reconnaissance en est ensuite la récompense, ou si la reconnaissance est un levier pour y parvenir. Cela peut être débattu, je le comprends intellectuellement. Le gouvernement est parvenu à un compromis. On a coupé la poire en deux", a conclu le Premier ministre, qui a promis qu'il se rendrait dans quelques jours à l'Assemblée générale de l'Onu (Organisation des nations unies) pour y "défendre la position de la Belgique avec conviction".