Convaincre le CD&V et l'Open VLD ou risquer la piste Fouad Ahidar : à Bruxelles, la marge de manœuvre d'Yvan Verougstraete est très étroite
Le président des Engagés va tenter de mettre en place un gouvernement bruxellois de centre-gauche, sans le MR.

- Publié le 11-12-2025 à 20h47
- Mis à jour le 11-12-2025 à 21h41

Les négociations bruxelloises sont entrées, ce jeudi, dans une nouvelle phase depuis qu'Yvan Verougstraete a pris la main.
Le président des Engagés va tenter de former, sans le MR, une coalition de centre-gauche.
Ce jeudi matin, dans un accès d'enthousiasme, le Bruxellois a même proposé de la baptiser "coalition Guinness" (du nom du Guinness Book des records, mais qui évoque surtout une bière irlandaise plate). Ses communicants, depuis lors, tentent de la renommer coalition "Magritte" (pour son caractère surréaliste).
N'est-ce pas, toutefois, aller trop vite en besogne que de déjà nommer une majorité que d'aucuns jugent bancale ?
En fin d'après-midi, l'optimisme a d'ailleurs été un peu refroidi, lorsque Sammy Mahdi, président du CD & V, a rejeté le projet de coalition de centre-gauche.
Une position que n'a toutefois pas suivie Benjamin Dalle, député bruxellois et chef de file du CD & V à Bruxelles, qui confirme à La Libre qu'il se rendra à la table des négociations.
"Les positions des présidents de partis ne sont pas un gros problème tant que les Bruxellois autour de la table sont conscients de l'enjeu", tempère une source chez Les Engagés.
La mission du président des Engagés, toutefois, aurait pu mieux commencer.
Et la route d'Yvan Verougstraete vers la formation d'un gouvernement bruxellois est fort étroite.
Les libéraux pensent d'ailleurs le centriste condamné à l'échec, estimant qu'il sera forcé tôt ou tard de revenir vers le MR.
Que disent les chiffres ?
Cette coalition "Guiness", à ce stade, ne dispose que d'un bloc de 43 sièges sur 89, ce qui est insuffisant pour créer une majorité au Parlement bruxellois, côté francophone (36 sur 72) mais aussi néerlandophone (7 sur 17).
La stratégie d'Yvan Verougstraete
Pour y remédier, le président des Engagés a élaboré une feuille de route, ainsi qu'une stratégie claire. Dans un premier temps, il doit aboutir à un accord sur le fond, et surtout sur le budget, avec Groen, Vooruit, le CD & V, PS, Écolo, Défi et Les Engagés. Sur cette base, il doit convaincre les autres de le soutenir.
"Si ces 7 partis arrivent à montrer qu'ils travaillent en équipe, de manière solidaire, cela peut fonctionner. C'est surtout une question de marketing politique", pointe une source bruxelloise.
Côté francophone, cela passera par le ralliement de députés indépendants Fabian Maingain (ex-Défi) et de Soulaimane El Mokadem (ex-PTB). Les Engagés se prennent aussi à rêver que certains des députés bruxellois, par exemple du MR, soutiennent in fine leur projet, ou au moins la mise en place du gouvernement.
Côté néerlandophone, le plan d'Yvan Verougstraete consiste à convaincre l'Open VLD de le rejoindre, sur la base d'une épure budgétaire ambitieuse (1 milliard d'euros d'effort).
"Avec le MR autour de la table, nous n'avions déjà pas pu parvenir à un accord sur le budget et les économies nécessaires, donc nous voyons peu de raisons pour lesquelles cela réussirait maintenant", a toutefois fait savoir Frédéric De Gucht, président de l'Open VLD.
"La communication virulente de Georges-Louis Bouchez sur Les Engagés ce jeudi matin réussit quelque chose qu'il n'avait pas réussi en tant que formateur : resserrer les liens entre les partis autour de la table",
Est-il pour autant impossible à convaincre ? Les Engagés et Défi veulent y croire.
Montrer que sans Bouchez, ça marche
Plusieurs négociateurs affichent en effet une volonté très marquée de montrer qu'ils peuvent avancer sans Georges-Louis Bouchez, quitte à mettre de l'eau dans leur vin pour montrer que, sans Georges-Louis Bouchez, cela fonctionne mieux.
Quoi qu'il en soit, rejeter Georges-Louis Bouchez ne suffit pas à constituer une politique. Et tout miser sur une participation de Frédéric De Gucht semble fort hasardeux…
Qu'à cela ne tienne, Yvan Verougstraete dispose d'un joker qu'il a pris soin de dissimuler dans sa manche, et qui se nomme Fouad Ahidar.
Le Bruxellois a des raisons de ne pas l'avoir mentionné dans sa lettre ouverte. "Ni Vooruit ni l'Open VLD ni le CD & V ni Défi ne veulent de Ahidar. Nous avons toujours été très clairs sur ce point", a souligné Sophie Rohonyi ce jeudi.
L'affaire est connue. Pour autant, Défi, Vooruit et le CD & V, s'ils venaient à enfin trouver un accord politique et budgétaire et à entrevoir le déblocage, s'opposeraient-ils en bout de course au soutien extérieur de la TFA ?
Cette question est sans réponse.
Un gouvernement minoritaire ?
Une fois installé, toutefois, un tel gouvernement serait condamné alors à fonctionner sur un mode minoritaire, constituant des majorités au cas par cas.
"Un tel exécutif bénéficierait au moins d'une majorité relative. Cela signifie qu'il ne trouvera pas, en face de lui, de majorité alternative MR-PTB pour défaire ce qu'il aurait mis en place. C'est un élément de stabilité important, note une source bruxelloise. Ce gouvernement, qui s'appuiera sur un bloc central de 43 députés, devrait ensuite négocier les abstentions et le soutien de parlementaires au cas par cas, pour négocier des textes. On l'a fait sur les budgets en 12es provisoires. C'est possible, même si ce n'est pas idéal."