Gagner une élection ne suffit pas
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 11-12-2025 à 22h00
- Mis à jour le 11-12-2025 à 22h22
La secousse était annoncée depuis plusieurs semaines, mais elle n'en demeure pas moins spectaculaire : en larguant le MR à Bruxelles, Yvan Verougstraete a actionné l'un des rares leviers encore capables de débloquer une crise institutionnelle devenue indéfendable. Le président des Engagés y trouve un triple intérêt : réactiver une dynamique politique exsangue, se profiler comme futur ministre-Président de la Région et rappeler que son parti n'a jamais été condamné à suivre docilement le sillage du MR. Un coup politique net, froid, assumé… et risqué.
Pour le Mouvement Réformateur – et pour Georges-Louis Bouchez en particulier – c'est un rappel cruel : gagner une élection ne suffit pas, encore faut-il convertir la victoire en pouvoir réel. À Bruxelles, le rapport de force était trop étroit pour gouverner au centre-droit, trop fragile pour s'imposer, trop chargé en rancœurs pour se transformer en coalition solide. L'intransigeance du PS bruxellois n'a rien arrangé ; la fougue de GLB non plus.
Dans la capitale, tous les partis partagent un plaisir commun, à peine dissimulé : faire trébucher un homme. "Sans Bouchez, cela fonctionne" : le slogan circule déjà dans les couloirs. Certains se voient déjà danser sur sa tombe politique, tant la personnalisation extrême du pouvoir réformateur a nourri les ressentiments. Georges-Louis Bouchez a sous-estimé cette mécanique : trop clivant, trop cassant, trop envahissant. Et surtout, aveuglé par le succès wallon et fédéral du MR, il a oublié que Bruxelles n'est pas un territoire où son parti est incontournable. Gagner là-bas ne suffisait pas, il fallait rassurer, arrondir, rassembler.
À Bruxelles, ce n'est pas la victoire qui fait le pouvoir : c'est la capacité à ne pas gouverner seul. Des concessions libérales étaient donc inévitables. Après deux décennies d'opposition, le MR aurait eu tout intérêt à tisser de la confiance, à ménager ses partenaires potentiels et à faire émerger des profils bruxellois moins polarisants.
Quant à la possible coalition dite "Guinness", ainsi baptisée pour sa capacité à accumuler les records les plus déconcertants, et si elle finit par voir le jour (et c'est loin d'être gagné!), elle pourrait bien s'avérer l'attelage le plus fragile de l'histoire régionale. Privée de majorité francophone, et aucunement consolidée côté néerlandophone, elle s'épuisera comme tout bricolage politique. Ce ne sera pas un navire de haute mer, ni même une barque, mais le Radeau de la Méduse.