"Cette hausse des droits de douane de 46 % pour le Vietnam, qui a joué le jeu de l'ouverture aux États-Unis, ressemble à une folie"
Le Vietnam, où se déroule actuellement une visite d'État du roi Philippe, est l'un des pays les plus lourdement touchés par la hausse des droits de douane décrétés par Donald Trump. Sur place, les investisseurs belges sont dans l'expectative.

- Publié le 03-04-2025 à 21h21
- Mis à jour le 03-04-2025 à 21h28

Un coup de massue s'est abattu sur le Vietnam ce jeudi, à l'annonce de la taxe douanière de 46 % (plus que la Chine) décrétée par Donald Trump. La délégation belge qui accompagne le roi Philippe, en visite d'État à Hô Chi Minh-Ville, a bien ressenti les effets du séisme.
"J'ai du mal à comprendre cette taxe de 46 %, quand on connaît l'historique entre les États-Unis et le Vietnam", pointe Adrien Dolimont (MR), ministre Président wallon, depuis le Vietnam." Cette guerre commerciale n'est qu'une surenchère qui sera néfaste des deux côtés de l'atlantique. Il y en un qui doit s'endormir avec le sourire ce soir, au Kremlin", ajoute Maxime Prévot (Les Engagés), ministre des Affaires étrangères, visant Vladimir Poutine.
Sur le fond, c'est la balance commerciale du Vietnam avec les États-Unis, extrêmement favorable au premier cité, qui est dans le viseur du président américain. Cette taxe brutale vise sans doute à la résorber. Les autorités vietnamiennes avaient pourtant tenté de donner des gages, en réduisant ces derniers jours leurs propres taxes sur l'importation de marchandises américaines. Ils constatent que la politique d'apaisement ne fonctionne pas avec Donald Trump.
La question de l'impact sur les investisseurs belges au Vietnam se pose désormais.
Les investisseurs belges au Vietnam
"Nous créons ici une ligne de production de béton réfractaire, qui sera utilisé dans le secteur de l'acier, des cimenteries. On doit signer une première commande avec un client, et il vient de m'expliquer que 30 % de son chiffre d'affaires est destiné à l'exportation vers les États-Unis…", souligne Thomas Pirmez, managing director de One Refractories. "Pour nous, ce n'est pas dramatique. Mais nos perspectives au Vietnam sont tout de même un peu moins réjouissantes."
Le cas de Deep C, une entreprise spécialisée dans le développement d'infrastructures portuaires et industrielles active au nord du Vietnam, est d'une autre ampleur. La société avait profité de la délocalisation d'entreprises chinoises au Vietnam, qui venaient profiter de droits de douane plus favorables.
"La décision de Donald Trump pourrait avoir un impact sur notre business", reconnaît Luc Bertrand, CEO d'Ackermans & van Haaren, principal investisseur de Deep C. "Mais, sachant que la croissance dans le nord du Vietnam est de plus de 10 %, en perdre 2 ou 3 % n'aurait donc qu'un impact limité. Les Américains et les Vietnamiens doivent d'abord s'asseoir et négocier ces chiffres." Les tarifs, il est vrai, pourraient encore évoluer.
C'est surtout la méthode brutale de Trump qui choque. Ce que Donald Trump annonce est plus large et violent sur la forme, mais ça va dans le même sens sur le fond que la politique américaine impulsée déjà sous la précédente administration (...) Nous avions anticipé, comme d'autres, cette politique américaine".
"Pour le Vietnam, un pays qui a joué le jeu de l'ouverture aux États-Unis sur le plan diplomatique, cette hausse des droits de douane ressemble une folie" souligne François Michel, PDG de John Cockerill. "Il faut être sérieux : un T-Shirt qui est fait demain en Asie ne sera pas fabriqué demain aux États-Unis, même avec 40 % de droits de douane. Mais plus largement, c'est surtout la méthode brutale de Trump qui choque. Ce que Donald Trump annonce est plus large et violent sur la forme, mais ça va dans le même sens sur le fond que la politique américaine impulsée déjà sous la précédente administration. Cette politique répond à une demande exprimée par une population américaine déstabilisée dans sa perception de sa baisse du niveau de vie."
François Michel semble confiant dans la capacité de son groupe qui "ne fait pas partie des industries les plus exposées", à résister à ce mouvement. "Nous avions anticipé, comme d'autres, cette politique américaine, notamment en achetant à Houston une usine pour fabriquer des électrolyseurs sous l'administration Biden", conclut-il. Car nous savions très bien que les Américains voudraient protéger leur production industrielle avec un plan très fort de relocalisation. D'ailleurs je ne suis pas certain que cela bénéficie tant que cela au peuple américain. La base industrielle américaine avait plutôt bien résisté au cours des dernières années. Si l'industrie américaine est moins confrontée à la compétitivité internationale à l'avenir, elle aura du mal à se défendre sur les marchés internationaux."