"Jay Kelly" sur Netflix : Pour Noah Baumbach, George Clooney joue de son image dans une comédie cinéphile, drôle et émouvante
"Jay Kelly" est à découvrir en ligne dès ce vendredi 5 décembre.

- Publié le 04-12-2025 à 09h24
- Mis à jour le 04-12-2025 à 09h25

Ce vendredi, Netflix dégaine sa dernière grosse cartouche ciné de 2025 : Jay Kelly, dévoilé en septembre dernier en Compétition de la Mostra de Venise. Jay Kelly, "la dernière grande star hollywoodienne", c'est évidemment George Clooney…
Alors qu'il vient de boucler un tournage — dans un plan séquence savant, qui nous fait passer des coulisses du studio à la scène du film, où l'acteur joue la mort de son personnage —, Jay assiste, quelques jours plus tard, aux funérailles du vieux cinéaste qui a lancé sa carrière (Jim Broadbent). À la sortie de la cérémonie, il tombe sur son ancien coloc (Billy Crudup), quand ils étudiaient la comédie. Les retrouvailles tournent court quand celui qui est désormais thérapeute pour enfants reproche à son ancien ami de lui avoir volé sa vie. Lorsque Jay l'avait accompagné à une audition et avait décroché le rôle à sa place…
À 60 ans, la star vieillissante se met à réfléchir à son passé. Sur un coup de tête, Jay décide de rejoindre sa fille de 18 ans en Europe, prenant le prétexte d'aller accepter l'hommage à ses 35 ans de carrière que lui rend un petit festival en Toscane… Dans son périple européen, il est accompagné par son "entourage". À commencer par sa publiciste (Laura Dern) et son fidèle manager Ron (Adam Sandler)…

Clooney en mode autofiction
Ancien scénariste de Wes Anderson, Noah Baumbach s'est imposé comme réalisateur il y a 20 ans avec le merveilleux Les Berkman se séparent. Depuis, le compagnon de Greta Gerwig (avec qui il a coécrit le scénario de Barbie) a la cote. Et ce même si, depuis 2017, c'est pour Netflix qu'il réalise ses films : The Meyerowitz Stories (2017), Marriage Story (avec Scarlett Johansson et Adam Driver en 2019), White Noise (2022) et Jay Kelly.
Coécrit par Baumbach avec l'actrice Emily Mortimer, Jay Kelly est une comédie cinéphile qui capitalise sur l'image et l'aura de George Clooney, forcément très à l'aise dans le rôle de son double à l'écran. Multipliant les clins d'œil – comme George, Jay est originaire du Kentucky –, le film joue habilement sur le registre de l'auto-fiction.
Clooney s'en donne à cœur joie. Avec pas mal d'autodérision, quand il s'agit de remettre un peu de cirage noir sur ses tempes et ses sourcils blanchis ou de moquer les caprices de stars. Mais aussi quand il s'agit de décrire les relations asymétriques entre la vedette et celles et ceux qui partagent sa vie, se plient en quatre pour lui, sans jamais pouvoir prétendre être ses amis…

Portrait doux-amer
Finement observé, Jay Kelly dresse un portrait doux-amer du rêve hollywoodien. Un rêve qui, derrière les premières, les paillettes et la villa de luxe sur les hauteurs de Los Angeles, cache solitude et pas mal de regrets. Alors qu'il se promène en Italie, Jay Kelly revit ainsi quelques moments cruciaux de son existence. Quand, à chaque fois, il a fait passer sa soif de gloire avant sa propre vie, notamment auprès de ses deux filles. Quitte à perdre le contact avec sa propre existence.
Arrivé à un tel niveau de célébrité, l'acteur se demande s'il n'en est pas venu à devoir sans cesse interpréter son propre rôle. Et les larmes de regrets de Jay Kelly ne sont-elles pas celles de George Clooney repensant à sa propre vie ? C'est là qu'opère la magie à l'écran. Sourire Nespresso ravageur, cheveux grisonnants, costumes élégants… Tout en charisme, la star apparaît dans toute sa splendeur à l'écran. Tout en parvenant à se distancier pour laisser opérer la fiction…


Comédie dramatique De Noah Baumbach Scénario Noah Baumbach et Emily Mortimer Photographie Linus Sandgren Musique Nicholas Britell Montage Valerio Bonelli et Rachel Durance Avec George Clooney, Adam Sandler, Laura Dern, Billy Crudup, Riley Keough, Jim Broadbent, Greta Gerwig, Alba Rohrwacher, Josh Hamilton, Emily Mortimer… Durée 2h12