La "Star Academy" est-elle encore un tremplin pour les artistes ? "Ça a été dur d'être associée à cette émission à cause de mon style de musique"
Une nouvelle saison de l'émission musicale phare de TF1 s'apprête à débuter. Une dizaine de candidats entreront dans le château de la Star Academy ce samedi 10 octobre avec un rêve, devenir la prochaine star de la chanson. Derrière les strass et les paillettes se cache une difficulté : se faire un nom dans un paysage musical déjà bien saturé.

- Publié le 10-10-2026 à 07h07

En treize saisons de la Star Academy, le château de Dammarie-les-Lys a vu se succéder plus de 200 candidats. Chacun y est arrivé avec sa personnalité, ses affinités artistiques et surtout une valise remplie d'un rêve : devenir la prochaine star de la chanson en francophonie, voire en dehors. Pourtant, parmi eux, seuls quelques académiciens sont parvenus à se faire un nom dans le monde de la musique. On peut notamment penser à Jenifer, Mosimann qui sera le directeur de la nouvelle saison de l'émission, Nolwenn Leroy, Olivia Ruiz, Gregory Lemarchal, Sofia Essaïdi et plus récemment Pierre Garnier, Helena, Marine, ou encore Marguerite. Une petite dizaine de candidats sont réellement allés au bout de leur rêve. Face à ce constat, une question mérite d'être posée : la Star Academy est-elle encore un tremplin pour les artistes ?
Gain de notoriété
Le 15 octobre 2022 a été marqué par le retour du programme sur TF1 après presque dix ans de pause. Parmi toutes les nouveautés proposées par la production, l'une se trouve en dehors du château et même des plateaux télé : le gain de notoriété sur les réseaux sociaux. Être éliminé d'une telle émission a toujours été une épreuve, mais désormais le tribunal du web est susceptible de corser celle-ci.
Gérer les réseaux sociaux (et les haters)
Maylis, candidate belge de la saison 12 a été éliminée après une semaine d'émission. À sa sortie, elle récupère son téléphone et découvre qu'en sept jours son nombre de followers s'est multiplié. Cette communauté qui ne cesse de croître est une opportunité pour l'artiste : "Il faut gérer les réseaux d'un coup. Avant l'émission, j'avais 700 personnes qui me suivaient. Le lendemain de ma sortie, j'en avais entre 20.000 et 25.000. Je suis ensuite montée jusqu'à 60.000. On ne nous apprend pas à gérer ce nombre important de followers. Je suis en autoproduction. Je n'ai pas été signée donc je n'ai pas d'équipe de communication ou de management. J'ai un peu été obligée de gérer toute seule. On est lâché dans le grand bain. Heureusement, j'ai reçu principalement de l'amour et du soutien. Quelques commentaires méchants bien sûr, mais beaucoup de personnes adorables".
À la sortie de son premier album, Helena, également candidate belge de la Star ac', nous confiait avoir eu des haters sur les réseaux sociaux : "Le monde est cruel. Je ne peux pas dire que je me suis blindée contre ça. Si on m'attaque sur quelque chose que je ne peux pas contrôler, comme mon physique par exemple, ça ne m'affecte pas, car je ne sais rien changer. Par contre, quand on critique les chansons que j'ai écrites, ça peut me blesser. C'est dans ces moments-là qu'il faut avoir un mental fort. Sinon, on se remet constamment en question."
Le premier disque de la chanteuse belge s'est octroyé la première place des ventes en France et en Belgique avec 18.991 fans au rendez-vous en sept jours. "Hélé" trône dans le top 20 des albums les appréciés par les Français en 2025.
La communauté de fans qui attend l'artiste à sa sortie du château semble donc être une réelle opportunité et un tremplin vers le succès, pour autant que l'artiste sache comment la gérer, se blinde face aux commentaires négatifs et comprenne les codes des relations publiques en ligne. D'autant qu'un sentiment d'urgence accompagne souvent les candidats à leur sortie pour surfer sur la vague d'attention des téléspectateurs avant que le prochain académicien ne soit éliminé. Il faut donc être rapide et efficace : "J'ai appris le montage vidéo, je me suis dit que je ne devais pas tourner 45 fois une reprise d'une chanson et ne pas être trop perfectionniste avec moi-même. J'aurais pu gérer un peu mieux la sortie de l'émission, être un peu plus présente sur les réseaux, mais vu que je ne suis pas très connectée de base, j'ai eu un petit peu de mal à ce niveau-là", confie Maylis.
Vitrine artistique
Au-delà du gain de notoriété, notamment sur les réseaux sociaux, la Star Academy permet aux candidats de se révéler en tant qu'artistes et de faire découvrir leur univers. Cela est rendu possible lors des primes hebdomadaires, mais aussi pour les plus chanceux pendant de la tournée. Celle-ci se déroulant sur plusieurs mois, elle permet aux académiciens de traverser la Belgique et la France à la rencontre du public, mais aussi de gagner de l'expérience de scène. Le Star Ac Tour est un véritable phénomène porté par un engouement exponentiel au fil des années. Le dernier en date, pour la promotion de 2026, était composé de 73 dates dont une grande majorité à guichets fermés, 38 villes visitées, 3 Accor Arena, 7 festivals et plus de 400 000 spectateurs. Il est clair que participer à une telle tournée permet aux artistes d'être rodés pour la suite. Ainsi, après la tournée, Helena a par exemple fait exploser le site de réservation en ligne de l'Ancienne Belgique, annoncé deux Forest National et plusieurs festivals, sans avoir sorti un seul album. Cependant, tous les académiciens n'y participent pas et ceux qui en ont l'opportunité en ressortent parfois épuisés, voire perdus.
L'étiquette "Star Ac'"
Participer à la Star Ac, c'est aussi gagner une étiquette, celle d'un "produit" de TF1. Si celle-ci ouvre des portes, comme celles du plateau de Quotidien, des NRJ Music Awards, ou encore d'autres émissions comme Danse avec les Stars, il est aussi très difficile de s'en défaire. Maylis a toujours revendiqué l'envie de faire de l'électro, un genre musical qui est rarement associé aux candidats de la Star Ac : "Ça a été un peu plus dur d'être associée à cette émission à cause du style de musique que je fais. Il y a un moment où je me suis dit que je n'avais pas le bon public pour la musique que je voulais faire. Mais je me suis aussi dit que c'était une opportunité de faire découvrir l'électro aux gens qui n'iraient pas du tout écouter ce style-là traditionnellement. Pour le moment, l'étiquette ne me dérange pas trop parce que ça me permet d'avoir toujours un public et des gens qui me suivent. Mais c'est clair qu'à un moment, j'aimerais bien qu'on me voit comme une artiste électro. J'ai l'impression que quand on sort de la Star Ac on attend de nous que l'on fasse de la pop en français". Une étiquette que d'autres académiciens tentent aussi de décoller pour, à terme, revendiquer leur propre identité artistique, loin du profil type des produits TF1.
Un billet des Inrocks sorti en février dernier avait d'ailleurs fait trembler. Le journaliste Jolan Maffi y affirmait que "la pop française est bel et bien en train de voir pousser son plus gros vivier de plantes industrielles grâce au retour de la Star Academy il y a 4 ans". Le terme industry plants se rapporte aux artistes créés de toutes pièces et dont le succès vient des personnes, souvent fortunées, qui se cachent derrière eux. On peut y lire : "TF1 remet au goût du jour des candidats de télécrochets et agit comme un rouleau compresseur sur le paysage musical français et d'en faire les têtes de gondole d'une pop française chiante comme la pluie. Des disques qui se ressemblent tous, qui s'écoutent comme un robinet qui coule, et participent à une uniformisation tragique du paysage musical."
S'il semble que la Star Academy demeure un tremplin pour les artistes, au moins pour la visibilité et les opportunités artistiques que l'émission crée, ce tremplin n'offre pas le même rebond à tous les candidats. Ceux éliminés rapidement, peu habitués aux codes des réseaux sociaux, à l'univers artistique moins défini d'avance ou moins mainstream, auront certainement plus de mal en tirer profit. Face à ce constat, une question demeure : n'était-ce pas plus facile avant ? Au-delà de l'absence de réseaux sociaux dans les années 2000, les gagnants de l'émission repartaient avec un million d'euros pour produire leur album. Ambre, dernière lauréate, est repartie avec 100 000 euros et un contrat chez Sony Music Entertainment France pour réaliser un premier album. Des chiffres qui montrent bien que le tremplin permettait peut-être de prendre davantage d'élan à l'époque.
Maylis a récemment sorti les singles "Over him" et "Before it ends me". Elle prépare son premier EP dont la date de sortie n'a pas encore été révélée.