Ces vilaines petites pensées qu'on a de nos amis
Les Galeries ouvrent leur saison avec la comédie caustique "Cuisine & dépendances" de Jaoui/Bacri.

- Publié le 15-09-2022 à 15h04

Couple de quadras bien installé dans la vie, Jacques (Dominique Rongvaux) et Martine (Catherine Decrolier) ont convié à dîner de vieux amis qu'ils n'ont plus vus depuis quinze ans : Charlotte (Bénédicte Chabot) et son époux, devenu un journaliste célèbre. Mais la soirée débute mal : ils sont arrivés avec plus 1h30 de retard. Ce qui agace au plus haut point Georges (David Leclercq), ami des hôtes qui squatte leur canapé depuis deux mois à la suite d'une rupture sentimentale. Enfin, pour couronner le tout, Fred (Frédéric Nyssen), le frère de Martine, qui n'en rate pas une pour se mettre dans les embarras financiers à coups de parties de poker foireuses, s'est pointé au dîner avec sa nouvelle conquête, Marilyn, jeune femme sexy un brin provocante. Le repas a tôt fait de virer au fiasco. Chaque convive se réfugie alors dans la cuisine et se laisse aller à quelques vilaines confidences : rancœurs, désillusions, jalousie, médisances, regrets, petits secrets… Sous le vernis des apparences bourgeoises (vie de famille exemplaire, réussite professionnelle…) à préserver à tout prix entre amis affleurent, peu à peu, les fêlures, obsessions et fragilités de chacun.
Cuisine et confessionnal
Récompensée par quatre Molière à sa création en 1991 au Théâtre La Bruyère à Paris, Cuisine & dépendances est l'une des pièces phare (elle a été adaptée au cinéma en 1993) du couple Agnès Jaoui/Jean-Pierre Bacri.
Friand d'auteurs français, c'est avec cet immense succès populaire que le Théâtre royal des Galeries ouvre sa saison 2022-23. Mission a ainsi été confiée à Patrice Mincke de faire revivre ces personnages hauts en couleur qui, plus de trente ans après leur création, continuent d'être le miroir impitoyable de nos petites bassesses et mesquineries lorsqu'on envie, jalouse le succès, la beauté, la réussite… d'amis proches.
De leur plume vive et aiguisée, Jaoui et Bacri égratignent à merveille les travers et névroses de chacun des protagonistes qui, dès le seuil de la cuisine franchi, en font un véritable confessionnal. Les propos en sont d'autant plus acerbes que le spectateur n'assiste jamais à ce qu'il se passe dans la salle à manger – la cuisine est l'unique décor de la pièce – et que les personnages du mari de Charlotte et de Marilyn sont évoqués, mais pas physiquement incarnés sur scène.
Entouré de cinq excellents comédiens, Patrice Mincke parvient, tout en se calant sur le canevas original, à les extraire de l'ombre de Jaoui et Bacri, qui figuraient tous deux à l'affiche de la pièce et du film. Chacun a, en effet, trouvé un peu de latitude pour apporter une couleur et un relief propres à son rôle. Ce qui fait de cette comédie une belle (re)découverte.
--> Bruxelles, Les Galeries, jusqu'au 9 octobre. Infos et rés. au 02.512.04.07 et sur www.trg.be.
--> Puis en tournée du 12 octobre au 15 novembre

