Trump, diplomate patient ou allié de Poutine ?
Le président russe s'est dit "ouvert à la négociation" face au président américain avant de lancer l'attaque aérienne la plus massive sur l'Ukraine depuis le début de la guerre. Le message est clair.
- Publié le 05-07-2025 à 00h02
- Mis à jour le 05-07-2025 à 00h06

Il va finir par nous trouver lents à la détente. Depuis trois ans et demi, Vladimir Poutine ne cesse de répéter la même chose avec une remarquable constance : le tarif de base en Ukraine, c'est quatre oblasts (Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson) avec reconnaissance juridique internationale, la Crimée occupée, le renoncement écrit du pays à toute adhésion à l'Otan ou d'autres alliances militaires, sa démilitarisation partielle, l'interdiction de lui livrer des armes, des hommes et du renseignement, et son engagement à ne pas exiger de réparations. Jamais ces exigences n'ont dévié d'un millimètre. Sans elles, pas de cessez-le-feu. On ne parle donc même pas de trêve ni d'accord de paix, avec une nation dont Vladimir Poutine répète tout aussi inlassablement qu'elle n'existe pas.
Jeudi soir, le président russe a une nouvelle fois expliqué tout cela à Donald Trump. Lors d'un appel téléphonique d'une heure, il a assuré au président américain que la Russie "ne renoncera pas à ses objectifs […] à savoir l'élimination des causes profondes bien connues qui ont conduit à la situation actuelle". Les "causes profondes", c'est l'attitude de l'Otan depuis la chute du mur et son extension vers l'Est. Ce qui met en exergue un second élément, essentiel, et lui aussi répété à l'envi : Moscou n'est pas en guerre contre Kiev, mais contre une partie de l'Occident. Ce qui devrait nous mettre bien davantage en garde encore que ses exigences territoriales en Ukraine.
Vladimir Poutine a conclu cette conversation téléphonique en disant qu'il voulait "poursuivre les négociations"… avant de lancer 550 drones et missiles sur l'Ukraine, principalement en direction de Kiev, soit l'attaque aérienne russe la plus massive depuis le début du conflit en février 2022.
Donald Trump, lui, s'est contenté de déclarer qu'il n'avait fait "aucun progrès" lors de cette discussion avant d'ajouter qu'il n'était "pas content" de la situation. La question est donc de savoir si le président américain n'a pas encore compris que ses "efforts diplomatiques" étaient vains, ou s'il se contente de faire semblant pour préserver les apparences, en sachant pertinemment que Moscou ira au bout de son "opération". Quelle que soit la réponse, la suspension d'une bonne partie de l'aide militaire américaine à l'Ukraine décidée cette semaine ressemble fortement à une volonté de pousser Kiev à la capitulation.
