Edito: Un parfum de guerre scolaire
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 13-02-2021 à 07h03

Déséquilibré. Tel est le constat qui saute aux yeux de celles et ceux qui se penchent "objectivement" sur la clé de répartition du projet de rénovation des bâtiments scolaires du plan de relance. Même le ministre-Président Pierre-Yves Jeholet (MR) le reconnaît. Et pour cause, alors qu'un élève francophone sur deux suit sa scolarité dans l'enseignement libre, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) propose de lui accorder 111 euros par élève, contre 1 150 euros par élève de l'enseignement Wallonie-Bruxelles (WBE).
En effet, la majorité politique (PS-MR-Écolo) veut allouer 58,6 % des fonds européens au seul réseau officiel WBE qui scolarise à peine 15 % des élèves, alors que les réseaux libres ne recevraient que 18,5 % de ces mêmes fonds. Même si la répartition entre réseaux subventionnés n'est pas définitive, elle paraît particulièrement mal engagée.
Cet accord entre partenaires de la majorité ressemble à une véritable déclaration de guerre scolaire. Ce sont des fondements juridiques et politiques fondamentaux, et particulièrement fragiles, qui seraient bafoués si le gouvernement de la Communauté française persistait dans ses intentions. La Cour constitutionnelle a récemment rappelé le principe de l'égalité de traitement des réseaux scolaires. Sur le plan politique, les accords de la Saint-Boniface, signés en 2001, garantissent pourtant ce principe d'égalité qui conduit à allouer à l'enseignement libre 75 % des moyens accordés au réseau WBE.
L'actuelle clé de répartition est donc déséquilibrée et injuste. Elle représente aussi un manque de respect des élèves, des enseignants et des parents qui font le choix de l'enseignement libre. Pierre-Yves Jeholet promet, dans nos pages, de corriger le tir à l'aide d'autres enveloppes budgétaires et en rééquilibrant durablement les financements des réseaux. Bien, mais l'égalité de traitement n'est pas un engagement à remettre à un futur incertain, l'égalité c'est maintenant qu'il faut l'appliquer.