Triste récupération politique
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 19-02-2022 à 07h11

Faut-il déboulonner la célèbre statue équestre de Léopold II de la place du Trône ? Le groupe de travail bruxellois sur la décolonisation de l'espace public le préconise. Il n'exclut pas non plus de la fondre et de la remodeler en mémorial des victimes de la colonisation. Côté politique, Pascal Smet évoque un travail "nuancé". On cherche la nuance…
Décidément, le secrétaire d'État bruxellois chargé du Patrimoine a le chic pour attiser les clivages, comme lorsqu'il choisit les traces de la décolonisation comme fil rouge des "Journées européennes du patrimoine". Le risque de mettre le feu aux poudres d'un débat hypersensible est réel et particulièrement inutile au moment même où le Parlement fédéral tente de le maîtriser. En impliquant des associations aussi engagées que minoritaires dans ses décisions, Pascal Smet politise ouvertement un débat d'historiens.
Si tout le monde doit pouvoir observer les événements et comprendre le contexte du colonialisme européen et belge, ce travail mérite à la fois nuance et pédagogie. Le XIXe siècle était imprégné du sentiment de supériorité raciale et de recherche de prestige. À l'époque, la Belgique concurrençait d'autres puissances industrielles dans un esprit de domination. S'agissant du règne de Léopold II, le vrai devoir de mémoire consiste à analyser cet héritage avec recul et vérité. Cela passe forcément par une reconnaissance partagée des blessures causées par le colonialisme, et non par l'effacement des symboles. Seule une approche constructive pourra servir l'avenir et renforcer les liens persistant entre Congolais et Belges.
Détruire les statues du deuxième roi des Belges satisfera quelques activistes, mais n'aidera personne. Regardons ces événements avec objectivité et apportons-y les explications pédagogiques souhaitées. Sans idéologie, ni naïveté, mais sur base de recherches. Même si des coins d'ombre subsistent, une version communément acceptée par les historiens peut émerger. Rattraper le temps perdu est l'objectif louable de la commission parlementaire en cours. Alors, laissons-la travailler, accoucher de conclusions et évitons d'instrumentaliser ce sujet à des fins politiques.