L'Europe dans le gaz
Un édito de François Mathieu.

- Publié le 25-06-2022 à 07h09
- Mis à jour le 25-06-2022 à 07h10

Jean Monnet, l'un des pères de l'Europe, avait décidément vu juste. "L'Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises", prophétisait-il dans ses Mémoires. L'Europe, tiraillée, décriée, tient bon. Vaille que vaille. Mais elle s'est effectivement construite dans les pires moments de son existence.
Les deux gros derniers épisodes marquants sont surtout financiers, la crise migratoire restant sans doute son échec le plus patent sur la décennie écoulée. La crise des dettes souveraines, qui avait vu l'euro vaciller, et la mutualisation de dettes pour contrer les effets de la crise sanitaire via la relance ont donné lieu à des avancées significatives dans l'édification de l'Europe, mais elles ne sont sans doute rien à côté de celles qui seraient nécessaires pour faire face à la transformation du monde imposée par la Russie.
Ébranlées par Vladimir Poutine, les valeurs de l'Europe, aussi imparfaites soient-elles, se heurtent aujourd'hui au principal obstacle à une plus grande intégration européenne : les souverainetés nationales. Chaque pays y tient comme à la prunelle de ses yeux, mais il semble inéluctable de lâcher du lest si l'Europe veut tenir la distance face au cynisme russe. L'assurance de pouvoir faire tourner son économie, d'accomplir sa mue énergétique, et de répondre au défi climatique, nécessite un nouvel épisode - autrement plus costaud - de mutualisation des dettes, ou devrait-on dire des efforts collectifs à réaliser pour se dépêtrer de notre dépendance au gaz russe.
Et de toute autre forme de dépendance, d'ailleurs. Le temps presse. L'Europe ne peut plus lanterner, sous peine de devoir assumer d'irréversibles dégâts économiques, environnementaux et sociaux dans les prochaines années. Certes, les mix énergétiques ne sont pas semblables d'un pays membre à l'autre, mais une juste répartition de la facture - parce qu'il y en aura une - reste la seule voie pour sortir le plus rapidement possible par le haut de cette crise géostratégique et économique majeure. Parce que la solution, quoi qu'on en dise, ça reste l'Europe. Plus d'Europe. Pas moins d'Europe…