"La sécurité d'approvisionnement en gaz sera plus difficile à garantir en 2023"
Gazprom a diminué de 60 % le flux de gaz vers l'Allemagne via le gazoduc Nord Stream 1.
- Publié le 23-06-2022 à 15h15
- Mis à jour le 25-06-2022 à 18h53

Alors qu'une relative accalmie s'était installée sur le marché du gaz, au début du mois de juin, les craintes de pénurie sont aujourd'hui de retour. L'Allemagne a annoncé, jeudi, qu'elle activait sa phase d'alerte. Les Pays-Bas ont lancé, quant à eux, leur phase d'alerte précoce.
Comment expliquer ce regain de tensions ? Pour rappel, Gazprom a diminué de 60 % le flux de gaz vers l'Allemagne via le gazoduc Nord Stream 1. Si le géant russe justifie ce geste par la nécessité de réaliser une maintenance sur le gazoduc, Berlin évoque une mesure "politique" en réaction aux sanctions occidentales contre la Russie.
Moscou semble être allé un cran plus loin dans son utilisation du gaz comme une arme géopolitique. Jusqu'à récemment, Gazprom se contentait de limiter ses ventes de gaz sur le marché "spot" de Rotterdam, ce qui faisait monter les prix. Mais, depuis plusieurs jours, l'entreprise publique n'honore plus certains de ses contrats à long terme passés avec des acheteurs européens. "L'Allemand Uniper et l'Italien Eni ont conclu des accords avec Gazprom qui s'étalent jusqu'en 2035, nous explique Tomas Marzec-Manser, analyste chez ICIS. Or ces acheteurs ne reçoivent, quotidiennement, que la moitié de leurs commandes".
Stocks insuffisants
Le consultant britannique Woodmac a fait ses comptes. Si la situation actuelle devait perdurer, les stocks européens ne seraient remplis qu'à 69 % au début de l'hiver. Ce niveau serait bien en dessous de l'objectif européen de 80 %. En outre, si les flux via Nord Stream 1 devaient se tarir complètement, le taux européen de remplissage ne serait que de 60 % le 1er novembre prochain.
Avec quelles conséquences ? En démarrant si bas, les stocks européens pourraient être vides dès janvier (en démarrant de 60 %) ou mars 2023 (en démarrant de 69 %), estime Woodmac. Cette situation conduirait probablement à une pénurie de gaz en Europe. En effet, la consommation de gaz est supérieure aux livraisons durant la période hivernale. Il est donc nécessaire de puiser dans les réserves européennes pour satisfaire la demande. En Belgique, par exemple, la réserve stratégique de Loenhout couvre environ 10 à 15 % de la demande en hiver.
La situation est-elle grave ? "Il sera plus difficile pour les compagnies gazières européennes de remplir leurs stocks avant l'hiver prochain, répond Tomas Marzec-Manser. Ce qui signifie que la sécurité d'approvisionnement pour le premier trimestre 2023 est désormais plus difficile à garantir".
Du côté du cabinet de la ministre fédérale belge de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), on se montre néanmoins rassurant en ce qui concerne notre pays. "Il ressort de notre analyse que l'approvisionnement en gaz en Belgique est toujours garanti, explique-t-on au cabinet de la ministre. Il n'y a actuellement aucun élément pour déclencher la phase d'alerte précoce dans notre pays. La Belgique présente deux avantages majeurs. D'une part, il n'y a pratiquement pas de gaz russe dans notre réseau de gazoducs et, d'autre part, avec le port de Zeebrugge, mais aussi de Dunkerque, nous disposons d'une importante porte d'entrée".
En ce moment, Belgique exporte à pleine capacité vers l'Allemagne et les Pays-Bas, ce qui représente jusqu'à 3,5 fois sa propre consommation. Si la sécurité d'approvisionnement semble garantie en Belgique, rappelons que les prix se forment au niveau européen, principalement sur la Bourse de Rotterdam. Les prix pourraient donc encore augmenter chez nous. "Le risque que les prix augmentent et restent élevés est réel", reconnaît d'ailleurs le cabinet Van der Straeten.
Promos à Loenhout
Contacté, Fluxys, le gestionnaire du réseau belge de gaz, fait également savoir que notre réserve stratégique de gaz située à Loenhout se remplit à une vitesse supérieure à la normale. Cette réserve était remplie au-delà de 50 % ce mercredi, avec un mois d'avance par rapport à l'année dernière. Suite à un changement législatif mis en œuvre par Tinne Van der Straeten, Fluxys a pu vendre ses capacités de stockage à un prix inférieur, ce qui a incité les opérateurs à faire des réservations. "Vous pouvez considérer que le stockage de Loenhout a été entièrement réservé", nous explique Laurent Remy, porte-parole de Fluxys.
Il reste à voir si les prix élevés ne vont pas menacer les opérations de remplissage. En effet, les opérateurs espèrent revendre plus cher en hiver le gaz acheté en été. Si les prix sont trop élevés en été, l'opération n'est pas rentable. Il faudra donc surveiller comment les prix vont évoluer…
