Les Européens doivent d'urgence briser le tabou de la guerre
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 11-03-2024 à 09h39
- Mis à jour le 14-03-2024 à 17h40

Vladimir Poutine est prêt à tout pour redessiner la carte de l'Europe et renverser l'ordre mondial favorable aux Occidentaux. Il l'a dit et répété, avant de passer à l'acte en Géorgie, en 2008, et en Ukraine (Crimée), en 2014. Aux yeux du Kremlin, les pays européens affichent surtout leurs craintes et les limites de leurs engagements militaires. Comment mieux laisser le champ libre aux hommes de Poutine pour attaquer les États voisins de la Russie, saccager leurs pays, les assassiner et violer leurs femmes ?
À force de répéter qu'il veut éviter l'escalade, l'Occident fait aveu de faiblesse. S'ils prêtaient attention aux intentions de Poutine, les Européens ne s'enfonceraient pas dans une forme de déni. Il est plus que temps de briser le tabou d'une guerre ouverte dans les débats publics. Soyons prêts si Moscou devait nous y contraindre. La menace militaire russe qui pèse sur les pays européens est réelle, presque palpable. Ce scénario était certes inimaginable il y a encore quelques années, mais l'invasion de l'Ukraine a fait basculer le monde dans une nouvelle ère.
Face à l'incertitude et au spectre de la guerre, une stratégie commune et un changement de cap s'imposent. Certains États, à commencer par la Belgique, doivent moderniser leurs armées et augmenter leurs dépenses militaires. Ne pas renforcer l'industrie européenne de l'armement paraît aussi incompréhensible qu'irresponsable. Avec à peine de 1,24 % de notre PIB consacré cette année à la Défense, notre pays n'est pas à la hauteur des dangers qui nous guettent. Se donner dix ans pour atteindre les 2 % de dépenses promises aux alliés de l'Otan, c'est beaucoup trop long. Le gap budgétaire est certes énorme. Mais au lieu de détourner le regard, osons accélérer les réformes nécessaires pour réactiver les demandeurs d'emploi et réduire les dépenses inefficaces de l'État. Les maux de notre pays et de nos régions sont connus. Y remédier demande du courage politique, certes, mais oser prononcer le mot "guerre" et nous préparer au risque d'escalade devient inévitable.
Si les bottes russes ne piétinent pas encore le sol de l'Union européenne, la propagande de Poutine et sa légendaire désinformation sont déjà là. Méticuleusement, elle sape la crédibilité de nos politiques, de nos institutions et de nos médias. Moscou tente d'influencer nos campagnes électorales afin de déstabiliser nos démocraties déjà fragiles. Et le temps presse, puisque le duel entre Joe Biden et Donald Trump nous indique que l'Europe ne pourra pas forcément compter encore longtemps sur le soutien des États-Unis.