Viktor Orban ne doit pas représenter l'Union
Un édito de Maria Udrescu

- Publié le 03-07-2024 à 00h01
- Mis à jour le 03-07-2024 à 09h32

Que l'on ne s'y trompe pas : la visite de Viktor Orban à Kiev, mardi, s'inscrit parfaitement dans son double jeu, qui rime avec sabotage de l'Union européenne et flirt avec la Russie, au prix de la sécurité et de l'unité du continent. Si le Premier ministre hongrois est allé pour la première fois s'afficher aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, ce n'est vraisemblablement pas pour se racheter une conscience, alors qu'il continue à freiner les efforts occidentaux d'aide à l'Ukraine et qu'il a été le premier dirigeant européen à serrer la main du président russe Poutine depuis le début de la guerre. Son pays ayant endossé le 1er juillet la présidence du Conseil de l'UE, "Viktator" veut sans doute se mettre à l'abri des reproches, en donnant l'impression qu'il peut parler à Kiev comme à Moscou. Et s'afficher en sauveur et porte-voix de l'Europe. Un coup d'oeil sur sa vidéo, publiée lundi sur X, suffit pour observer l'image d'homme providentiel que M. Orban veut se donner : lunettes de soleil sur le nez, cheveux au vent, il se met en scène embarquant dans un avion militaire, au son d'une musique rock, pour venir à Bruxelles. "Il est temps de rendre à l'Europe sa grandeur !", commente-t-il, citant le slogan de la présidence hongroise calqué sur le Make America Great Again de Donald Trump. Une autre de ses idoles.
Pas d'illusion à se faire, donc : Viktor Orban s'inspire d'un homme qui entend lâcher Kiev et toute l'Europe s'il redevient président des États-Unis. Le maître de Budapest souhaite même le retour du Républicain :"Je suis à 100 % non, 101 % - pour lui. Trump est un homme de paix", a-t-il affirmé. Il applaudit aussi des deux mains le succès du Rassemblement national en France, parti d'extrême droite qui se dope à la propagande et à l'argent russes et risque d'enfoncer le premier clou dans le cercueil de l'UE. C'est encore M. Orban qui a fondé dimanche une alliance de partis populistes et d'extrême droite pro-russes, soi-disant attachés à la paix. Lisez : à la capitulation de l'Ukraine et à la défaite morale – dans un premier temps… – de l'UE. Le Hongrois n'a pas dit autre chose quand il a demandé à M. Zelensky "de considérer la possibilité d'un cessez-le-feu" pour "accélérer les négociations de paix". Quelle indécence que de suggérer aux Ukrainiens de céder leurs terres, leur souveraineté, leurs libertés et l'avenir de l'Europe à la Russie, alors qu'ils sont des milliers à défendre ces droits et idéaux, parfois au prix de leur vie. À tous ceux qui se retrouvent dans leur combat, il incombe plus que jamais de se distancier de M. Orban. De montrer sans ambiguïté à l'Ukraine et au monde entier qu'il ne représente pas les valeurs de l'Union.