Bayrou, un hara-kiri qui ne résout rien
Le Premier ministre français a demandé la confiance qu'il a très peu de chance d'obtenir.

- Publié le 26-08-2025 à 23h50
- Mis à jour le 27-08-2025 à 13h15

Courage, fuyons. Tel pourrait être le sous-titre de ce nouvel épisode de la crise politique française.
En tête d'affiche, un Premier ministre, François Bayrou, qui n'a rien de la nouvelle étoile, lui qui est entré pour la première fois dans un gouvernement français (à l'Éducation nationale) en 1993, lors de la cohabitation Mitterrand-Balladur.
Rodé à tous les jeux politiciens, l'homme sait qu'il a peu de chance de faire voter son budget. Il a donc décidé de se faire hara-kiri en demandant un vote de confiance à l'Assemblée nationale. Il n'est pas question de poker. Le joueur n'a aucun atout dans sa main. Ses adversaires le savent. François Bayrou a décidé de déposer ses cartes pour précipiter une censure quasi inexorable de son budget à l'automne. Les débats houleux qu'a vécus son prédécesseur Michel Barnier sont encore dans toutes les mémoires. Bayrou veut éviter la répétition de ce scénario mortifère et l'humiliation qui l'accompagne.
Le Premier ministre n'aura donc probablement jamais à défendre son budget, miné par l'impopularité des 44 milliards d'euros d'efforts demandé.
L'attitude de Bayrou n'est pas sans rappeler celle du chef de l'État français lançant la dissolution en juin 2024. Comme Macron, Bayrou exige un moment de "clarification". Il martèle que "chacun va être placé devant ses responsabilités".
Mais, contrairement à ce que prétend le Premier ministre en sursis, la France sait qu'elle traverse une grave crise économique. Elle sait qu'elle va devoir passer par un régime impopulaire. Si le diagnostic est largement partagé, le traitement ne convainc pas un pays agité par les discours simplistes des extrêmes, droite comme gauche, et profondément déçu par un double quinquennat qui n'a fait que creuser le désamour entre les Français et une certaine classe politique.
En décidant de demander la confiance, Bayrou ne fait que débrancher "son" fusible. Il n'apporte aucune piste de solution. Le prochain locataire de Matignon se retrouvera face à un défi encore amplifié par une crise majeure, un endettement qui va se creuser et une absolue nécessité de trouver un remède impossible dans un calendrier plus serré. Le suicide politique de Bayrou n'est pas qu'un simple hara-kiri, c'est aussi un coup d'accélérateur pour une crise politico-économique majeure chez nos voisins.