François Bayrou aura tenu un peu plus longtemps que Michel Barnier
Le job de Premier ministre, un emploi devenu très précaire sous le second quinquennat d'Emmanuel Macron.

- Publié le 27-08-2025 à 06h34
- Mis à jour le 27-08-2025 à 13h15

Le gouvernement de François Bayrou ne devrait pas survivre au vote de confiance à l'Assemblée nationale. Le Premier ministre français a convoqué les députés pour le 8 septembre prochain, deux jours avant le grand mouvement de grogne populaire qui entend "bloquer" la France face à la politique de son gouvernement et à son projet de budget qui veut réaliser des économies de 44 milliards d'euros, en supprimant notamment – mesure la plus impopulaire – deux jours de congé légaux pour tous les Français.
Le Béarnais de 74 ans devrait donc rendre son tablier et devenir – déjà – le quatrième Premier ministre laminé sous le second mandat d'Emmanuel Macron. Elisabeth Borne a tenu 20 mois. Un record ! Son successeur, Gabriel Attal, s'est brûlé les ailes en huit mois, succombant à l'échec des législatives anticipées voulues par le président de la République. Michel Barnier a battu des records en tenant moins de 100 jours. François Bayrou se consolera donc en ayant tenu près de neuf mois tout en atteignant des sommets d'impopularité dans les sondages.
Pourquoi appeler ce vote ?
L'annonce de la convocation de l'Assemblée nationale pour ce vote de confiance n'a pas totalement surpris. Bayrou, sur tous les fronts durant l'été, l'évoque depuis plusieurs semaines. Son déjeuner avec Emmanuel Macron, au fort de Brégançon, le 21 août, a semble-t-il scellé cette initiative. Dans la foulée, le Président a en effet convoqué une session extraordinaire du Parlement pour permettre à son Premier ministre d'engager la responsabilité du gouvernement.
Le Premier ministre n'a évidemment pas oublié les débats houleux – sur le budget 2025 – qui ont eu la peau de son prédécesseur Michel Barnier. Il sait que sans majorité, son budget d'austérité ne sera pas voté à l'automne. Il préfère donc avancer le débat et "crever l'abcès" rapidement, selon son expression lors de sa conférence de presse de lundi, évitant ainsi un chemin de croix inutile. Pourtant, il avait balayé l'idée d'un vote de confiance lorsqu'il s'est installé à Matignon en décembre dernier, estimant alors l'initiative "trop risquée". Neuf mois plus tard et toute illusion perdue, il enclenche la marche arrière en précipitant la fin de son gouvernement.
Pourquoi ça ne passera pas ?
Durant tout l'été, le Premier ministre a tenté de s'adresser aux Français, notamment via des clips diffusés sur Youtube, largement boudés, pour expliquer la nécessité de ses réformes et des efforts à venir. Il a multiplié les charges sur les précédents exécutifs, incapables de prendre les mesures adéquates quand ils étaient aux affaires, se drapant dans les habits de l'homme responsable qui allait enfin oser concrétiser les initiatives pour redresser la France, faisant de son objectif de 44 milliards d'euros d'économie un dogme qui a crispé les Français et mobilisé syndicats et opposition.
Dès l'annonce de cette initiative, le Rassemblement national a été le premier à dégainer par la voix de son président Jordan Bardella "François Bayrou vient d'annoncer la fin de son gouvernement, miné par son immobilisme satisfait", a-t-il écrit sur X. "Jamais le RN ne votera la confiance à un gouvernement dont les choix font souffrir le peuple français." Depuis l'annonce des grandes lignes du budget 2026, Marine Le Pen conditionnait sa retenue à un rétropédalage du Premier ministre contraint d'accepter les priorités de l'extrême droite, comme la réduction massive des crédits en faveur de l'immigration ou la baisse de la contribution française à l'Union européenne. Du côté du RN, on se prend déjà à rêver d'une nouvelle dissolution décidée par le président de la République même si celui-ci a repoussé cette idée il y a une dizaine de jours dans Paris Match. Pourtant, au PS, certains pensent aussi que cela reste une hypothèse envisageable au vu de l'ampleur de la crise politique. C'est pourquoi Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, a expliqué ce mardi sur BFMTV qu'il souhaite que son parti soit "prêt" en cas de dissolution. Le patron du PS Olivier Faure a d'ailleurs expliqué que son parti ne voterait pas la confiance. "Comment peut-il croire un seul instant que des opposants à tout ce qui a été fait par ce gouvernement entreraient maintenant dans sa majorité ?"
Bayrou est même parvenu à reformer une éphémère union de la gauche. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui tente de s'inviter dans le mouvement "Bloquons tout", a ainsi lancé : "La mobilisation populaire en cours aura gagné" avant d'annoncer, une fois encore, qu'il entendait lancer une procédure de destitution contre le président de la République dans la foulée de la chute du Premier ministre. Une idée déjà évoquée par Mélenchon à l'été 2024. Si la Constitution prévoit cette possibilité de destitution, dans les faits, le texte paraît difficilement réalisable. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a estimé de son côté que François Bayrou ne pouvait "partir en héros incompris" tant ce vote de confiance prenait des airs de "démission".
Même constat du côté de Place publique, le parti de Raphaël Glucksman qui n'accordera "pas sa confiance a priori" à François Bayrou, estimant que le Premier ministre "fait le choix de la crise". "Comme pour la dissolution voulue l'an dernier par le président de la République, la précipitation des échéances va conduire à une impasse démocratique", prédit le communiqué.
Des soutiens très timides
Le Premier ministre ne peut vraiment compter que sur les membres de son parti centriste, le Modem. Dans les autres formations qui auraient dû le soutenir ouvertement, les cadors ont préféré jouer la carte de la prudence face à un chef de gouvernement aux mesures impopulaires et qui s'est sabordé tout seul. Gabriel Attal (Renaissance, le parti présidentiel !), Édouard Philippe (Horizons) ou encore Bruno Retailleau (Les Républicains) ont brillé par leur silence après la sortie du chef de l'exécutif.
Ce mardi, Bruno Retailleau est sorti un peu de sa réserve pour expliquer que "voter pour la chute du gouvernement (dont il est le ministre de l'intérieur, NdlR), ce serait voter contre les intérêts de la France". Le ministre a par ailleurs annoncé que son parti fera des propositions sérieuses et audacieuses" dans les prochains jours.
En début d'après-midi, face aux cadres de la CFDT, François Bayrou a réenfilé son bleu de travail, expliqué qu'il se "battra comme un chien jusqu'au 8 septembre", avant d'interroger les syndicalistes sur la nécessité des efforts à entreprendre. "Y a-t-il ou pas urgence nationale à rééquilibrer les comptes du pays ?", et d'expliquer : "Les niches fiscales, qui profitent d'abord aux ménages les plus aisés et aux grandes entreprises, seront supprimées chaque fois qu'elles sont constatées comme injustes et inutiles".
Pas de quoi modifier le cap à l'Assemblée nationale ni sur les messageries où se retrouvent les principaux acteurs du mouvement "Bloquer tout" qui parlent de "distraction" de la part du Premier ministre et entendent aller jusqu'au bout de leur mobilisation.