L'Europe ne peut plus se payer de mots
Un édito d'Olivier le Bussy.
- Publié le 10-09-2025 à 23h59

L'été 2025 aura été une saison amère pour l'Union européenne (UE). Elle a cédé au chantage du président américain Trump et conclu avec les États-Unis un accord déséquilibré, en acceptant, sans réciprocité, que ses produits exportés outre-Atlantique soient frappés de droits de douane de 15 %. Elle a assisté, en spectatrice snobée, au sommet d'Anchorage, où le même Donald Trump a déroulé le tapis rouge à son homologue russe Vladimir Poutine pour discuter du sort de l'Ukraine – qu'il ne soit arrivé à rien n'est pas un motif de réjouissance. L'Europe a continué d'appeler Israël au respect du droit international et du droit humanitaire à Gaza et en Cisjordanie, sans que le gouvernement Netanyahou donne l'impression d'y prêter attention. Donnant des signes de faiblesses géopolitiques, l'UE a parfois semblé dépassée par la rapide brutalisation du monde.
Invitée à prononcer ce mercredi son discours sur l'état de l'Union devant le Parlement européen, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a adopté une attitude volontariste, tranchant avec la morosité ambiante. L'Allemande a insisté sur le fait que l'Union "devra se battre" (pas littéralement) pour défendre ses valeurs, sa démocratie, son modèle socio-économique, sa liberté de choisir son destin. Elle en a appelé à l'émergence d'une nouvelle Europe, capable de prendre son indépendance en matière de défense, d'énergie, de technologies, pour ne plus être soumise à la pression d'acteurs qui ambitionnent de l'assujettir – la Chine, la Russie et les États-Unis.
Il ne faut pas négliger l'importance que peut avoir un discours politique, dans un contexte donné. Celui d'Ursula von der Leyen était opportun, tout comme le ton combatif employé. On a cependant déjà entendu beaucoup d'interventions de responsables politiques appelant les États membres et les institutions de l'UE à en faire plus, plus vite, plus fort, dans un esprit d'unité. Ce serait inexact et injuste de dire que ces discours n'ont jamais été suivis d'effets. N'en reste pas moins que, trop souvent, les actes sont restés en deçà des ambitions affichées dans les déclarations. Il fut un temps où l'Europe pouvait se payer de mots, sans trop en subir les conséquences. Il est révolu. Si l'Union entend se faire respecter dans un environnement hostile, le geste doit suivre la parole. Rapidement.
