Le scandale de la pédophilie signera-t-il la fin du catholicisme en Belgique?

Pour en guérir, le catholicisme doit approfondir sa dimension synodale, en donnant voix au chapitre à tous les états de vie.

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©Jean Luc Flemal

Le regard du prêtre ; une chronique d'Eric de Beukelaer (Blog : http://www.ericdebeukelaer.be/)

"Depuis que c'est arrivé, je vis dans un égout" … Avec Godvergeten, diffusé ces dernières semaines par la VRT, la parole des victimes de la pédophilie au sein de l'Église bouleverse la Flandre et – par ricochet – le sud du pays. Les faits étaient pourtant connus depuis le vendredi 22 avril 2010. Ce jour-là, l'annonce-choc de la démission de l'évêque de Bruges pour abus, avait déclenché une tempête médiatique, juridique (opération Calice) et politique (commission parlementaire Lalieux). La force du documentaire a cependant ravivé les émotions, en dévoilant le visage de celles et ceux qui ont subi un triple outrage : enfance violée, confiance en l'Église dévastée et relation à Dieu polluée. L'indignation populaire est sincère, même si elle est par d'aucuns instrumentalisée. Des campagnes de "débaptisation" sont orchestrées ; une nouvelle commission parlementaire annoncée ; une révision, voire la fin du financement du culte catholique évoquée… Une mort sociale de la "secte catholique" est même suggérée.

Comment expliquer l'inexplicable ?

La pédophilie n'est évidemment pas propre au clergé et la grande majorité des abus sur mineurs se passent en famille. Le scandale n'en est pas moindre. Il est sidérant qu'un viol de l'enfance ait été commis à pareille échelle par des ministres de l'Évangile. Comment expliquer l'inexplicable ? L'immaturité affective et la misère sexuelle peuvent jouer un rôle, mais l'abus sexuel est d'abord un abus de pouvoir. Quand un prêtre oublie que le Christ a lavé les pieds de ses disciples avant d'instituer l'Eucharistie, le pire pervertit le meilleur. Tel est le cancer du "cléricalisme" dénoncé par le Pape. Je me souviens de ce confrère de trente ans mon aîné, issu d'un milieu d'agriculteurs modestes. Quand il rentrait chez lui, ses parents laissaient au fils "prêtre" leur propre chambre à coucher, car elle était la plus vaste de la maison. Quel renversement absurde de l'ordre naturel des choses… Ce clerc est mort fou, dans un état de déchéance. Je me souviens aussi de ce séminariste traditionaliste, étonné de me voir faire la vaisselle "avec mes mains consacrées" … Quand je racontai cela à ma mère, elle réagit avec humour et bon sens : "et lui, comment fait-il quand il va à la toilette ?" Un jour, une étudiante voilée me demanda si – selon moi – il existait une possible affinité entre islam et violence. Je lui répondis par l'affirmative, comparant cela à la possible affinité entre catholicisme et abus sexuel. Il s'agit, dans les deux cas, de dérives greffées sur des failles parasitant la religion. Pour en guérir, le catholicisme doit approfondir sa dimension synodale, en donnant voix au chapitre à tous les états de vie. Ainsi, je puis témoigner de l'enrichissement que constitue la présence de femmes, religieuses et laïques, au sein du Conseil épiscopal qui gouverne le diocèse de Liège. Le champ du Seigneur ressemble à dame nature : une monoculture épuise ses sols, là où la polyculture assure une fécondité durable.

La soif spirituelle reste grande

Le scandale de la pédophilie ne signe pas pour autant la fin du catholicisme en Belgique. Celui-ci garde de profondes racines dans une population sécularisée. En 2005, un vote chercha à désigner le "plus grand Belge". Pour la Flandre, ce fut le père Damien, le saint apôtre des lépreux. En Belgique francophone, il fut supplanté par Jacques Brel, mais trois personnalités catholiques arrivèrent dans le top cinq : le roi Baudouin (2), le père Damien (3) et sœur Emmanuelle (5). Cet été encore, les Journées Mondiales de la Jeunesse rassemblèrent un million et demi de participants, dont 2000 adolescents et jeunes adultes belges. Et il y a quelques semaines, la cathédrale de Liège accueillit avec surprise plus de 700 personnes pour une conférence sur le linceul de Turin. Car oui – la soif spirituelle reste grande et la fascination pour le Christ et son Évangile n'a pas faibli.

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