La fidélité conjugale ne commence pas en dessous de la ceinture
L'idéal de la fidélité dépasse le cadre sexuel, et nous appelle à travailler sans relâche la qualité de notre relation amoureuse.
- Publié le 07-12-2024 à 16h05

Une opinion d'Armand Lequeux, chroniqueur
On peut être infidèle à ses idéaux, à sa patrie, à ses amis et à son chien de multiples façons, mais il semble qu'on ne puisse être infidèle à son conjoint qu'en ayant une relation sexuelle avec une tierce personne. Un peu réducteur, non ? Bien sûr, l'infidélité sexuelle n'est pas un détail dans l'histoire d'un couple et elle peut se révéler terriblement traumatisante, mais il convient, je pense, de replacer la fidélité dans une perspective plus large et sans doute plus généreuse et plus exigeante. Je propose de considérer qu'être fidèle à son conjoint, c'est vouloir fermement, à travers les joies et les vicissitudes de l'existence, s'engager à tout mettre en œuvre pour respecter une promesse de bienveillance et de solidarité. Quoi qu'il arrive, je resterai toujours, dans les limites de mes forces, bienveillant à ton égard et tu pourras toujours compter sur moi. C'est énorme, non ? Y compris en cas de divorce ou de séparation ? Eh bien oui ! On peut se séparer sans devenir des ennemis. On peut se quitter sans souhaiter du malheur à son ex-conjoint. On peut rester solidaires et s'entraider en cas de coup dur. Si l'on a des enfants, on reste d'ailleurs coparents jusqu'à la fin de sa vie.
Personne, me direz-vous, ne peut tenir pareille promesse ! En effet, et il ne faut pas attendre les crises et les conflits pour se rendre compte qu'il s'agit d'un idéal que nous sommes capables de trahir au quotidien, un idéal qui nous appelle à travailler sans relâche la qualité de notre relation amoureuse. Je te suis infidèle lorsque je ne respecte pas le mystère de ta personne en devenir et que je te modèle à mon image ou à celle qui me convient. Je te suis infidèle lorsque je veux faire ton bonheur à ma façon. Je te suis infidèle lorsque je t'utilise pour mon plaisir ou mon épanouissement sans tenir compte de tes souhaits et tes aspirations. Je te suis infidèle lorsque je profite de la présence d'autres personnes pour te critiquer et régler nos conflits, pour me venger et t'humilier en public. Je te suis infidèle quand je critique ta famille, tes amis, ton métier, ton hobby, ton look ou tes habitudes. Je te suis infidèle lorsque je ne suis pas attentif à toi et que je suis absent mentalement et affectivement, même si je suis physiquement présent à tes côtés. Je te suis infidèle quand je ne fais pas assez de place en moi pour ce que tu vis, tes sentiments, tes émotions, tes rêves, tes peurs et tes espoirs. Je te suis infidèle lorsque je te veux pour moi seul et que je laisse ma jalousie envahir mon cœur et perturber le tien. Je ne suis pas responsable de mes sentiments de jalousie, mais je suis responsable de ce que j'en fais. Oui, c'est un paradoxe : le comportement jaloux (épier, douter, surveiller, etc.) est une forme d'infidélité, un manque de confiance, une rupture dans la promesse de bienveillance et un incitant à une aventure sexuelle pour celle ou celui qui en est la cible et qui étouffe dans son couple !
Élargir ainsi la notion de fidélité permet de réfléchir calmement à ce qui reste un tabou : quel avenir pour l'exclusivité sexuelle dans la construction des couples de demain ? On ne peut pas continuer à faire comme si la question ne se posait pas dans une société où la relation sexuelle s'est banalisée pour tous sauf pour les couples institutionnalisés, dans une société où l'insatisfaction sexuelle et les aventures extraconjugales font partie des premières causes de divorces avec leurs malheureux dégâts collatéraux. Il a suffi de moins de quelques décennies pour que disparaisse dans notre société l'exigence d'exclusivité sexuelle prémaritale, autrement dit le tabou de la virginité. Quelle évolution pour la conjugalité dans les prochaines décennies ? À suivre !

