"On va botter des fesses": le cabinet Dermine détaille son plan d'investissements et assure veiller à leur qualité
Thomas Dermine a présenté en détail les projets liés aux différents plans de relance et d'investissements. Objectif ? Être à la hauteur des ambitions affichées au niveau européen.

- Publié le 15-10-2021 à 17h58
- Mis à jour le 09-11-2021 à 23h33

"Il faut aller au-delà des incantations pour atteindre nos objectifs climatiques", lance le secrétaire d'État à la relance Thomas Dermine (PS) alors qu'il présente le détail des projets actuels des différents plans de relance et d'investissements de la Vivaldi, ce vendredi. Il ne veut pas du "greenwashing habituel", ni se contenter des leviers individuels, indispensables mais insuffisants. Il le répète à l'envie, "si on veut atteindre les objectifs ambitieux que l'on s'est fixés, il faut réaliser les investissements publics nécessaires".
À en croire les chiffres dévoilés, on va dans le bon sens. La Belgique doit faire un investissement supplémentaire à la trajectoire actuelle de 13,4 milliards d'euros entre 2020 et 2024 pour atteindre l'objectif des 3,5 % de PIB de taux d'investissement public d'ici à la fin de la législature, pour sortir du désinvestissement chronique de ces dernières décennies. Pour ce faire, le Fédéral devait au minimum participer à hauteur de 2,4 milliards supplémentaires sur la période 2020-2024, les Régions prenant le gros à leur compte. "Le gouvernement prévoit un programme d'investissements de 2,6 milliards d'euros", donc au-delà du minimum nécessaire pour le Fédéral, se félicite Thomas Dermine.
Dans le détail, 1,250 milliard d'euros proviennent du plan pour la reprise et la résilience (PRR), donc financés par des subsides européens, 328 millions issus de la programmation complémentaire (PRR +), financés sur fonds propres, et 1 milliard du plan de redémarrage et de transition (PRT), également sur fonds propres. Soit un effort réel de 1,328 milliard de la poche du Fédéral.
Le secrétaire d'État affirme donc que le gouvernement va investir plus mais également investir mieux, via, entre autres, la mise en place d'un Conseil supérieur des investissements publics. Couche administrative supplémentaire ? Non, il s'agit de veiller au grain, "de botter des fesses" nous glisse-t-on à plusieurs reprises avec ironie, pour vérifier que les investissements soient faits avec transparence, dans les règles et en respectant les objectifs environnementaux. "On pourrait réévaluer certains partenariats publics-privés si besoin. Étant donné qu'on peut emprunter à un taux très faible, certains projets pourraient voir le jour sans passer par ce type de procédé", explique encore un membre du cabinet.
Mais sans s'attarder sur les caractères techniques, le plan détaillé est-il solide ? Faisons le point.
Éviter le saupoudrage
Parmi les différents projets, les plus grosses dépenses concernent le numérique (769 millions d'euros pour les administrations, la cybersécurité et la 5G), la rénovation des bâtiments (351 millions d'euros), la mobilité (678 millions) ou encore les projets liés à l'énergie "verte" (279 millions). Le "saupoudrage" tant redouté est-il évité ? On peut compter environ 45 projets repris dans le plan général, 60 en prenant en compte les sous-projets liés. "Ça fait plus de 40 millions par projet. Ce sont donc des investissements forts. On a évacué tous les petits projets qui ne tenaient pas la route", affirme de son côté Thomas Dermine. Désormais, place à la gestion du suivi de l'ensemble.
Sortir des règles de Maastricht ?
Quand on parle d'investissement, étant donné les montants alloués, certaines voix demandent qu'on sorte de la règle fixée par le traité de Maastricht qui est que le déficit annuel ne peut excéder 3 % du PIB et que la dette publique ne peut excéder 60 % du PIB. "Cette règle est purement comptable et le principe de base, obsolète, peut être critiquée. Mais la Commission ne veut pas ouvrir ce chantier, trop compliqué", nous dit-on. "Cependant, le cadre, la flexibilité offerte aux États peut être réévaluée", avance un membre du cabinet, qui est en pleine discussion à ce niveau avec la Commission.
Les discours de rigueur budgétaire refont pourtant surface mais le secrétaire d'État à la relance veut sortir de la logique du "serrage de ceinture" cyclique, qui, en cas de coup dur, pénalise avant tous les investissements publics plutôt que la gestion des dépenses courantes, selon lui. "C'est plus facile, plus direct, mais c'est une erreur et c'est pour cela qu'on prend du retard au niveau européen", assure Thomas Dermine, pour qui la rigueur ne doit pas sacrifier la relance et la transition. Les investissements publics doivent être séparés des dépenses courantes dans l'analyse européenne quant au budget des États, avance-t-il. Un point incontournable, selon lui, si l'on ne veut pas se retrouver dernier de la classe sur la scène internationale.
