"Les sanctions économiques ne peuvent pas étouffer la Russie mais elles pénalisent des pays occidentaux exportateurs"
Les dirigeants européens veulent empêcher toute transaction avec les responsables impliqués dans la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des territoires pro-russes de l'est de l'Ukraine, et dans l'envoi des troupes.

- Publié le 22-02-2022 à 20h13
- Mis à jour le 23-02-2022 à 11h09

Le monde de la finance est en première ligne dans les sanctions européennes contre la Russie qui ont été annoncées ce mardi. Les dirigeants européens veulent empêcher toute transaction avec les responsables impliqués dans la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des territoires pro-russes de l'est de l'Ukraine, et dans l'envoi des troupes. Ils veulent aussi sanctionner les banques qui financent des opérations "militaires ou autres" dans ces territoires, ainsi que la capacité de l'État et du gouvernement russes à accéder aux marchés financiers et aux capitaux de l'UE, et à leurs services. Pas question donc pour une banque européenne d'acheter ou vendre des emprunts russes.
Effets contre-productifs
Philippe Moreau Defarges, chercheur honoraire à l'Ifri (Institut français de relations internationales) se montre néanmoins très sceptique. "Ce type de sanctions ne peut pas étouffer la Russie. Car son économie est auto-suffisante et elle a en outre réorienté ses relations commerciales vers des pays non occidentaux. Il s'agit de mesures symboliques. En revanche, elles pénalisent des pays occidentaux exportateurs", nous explique-t-il. Et de rappeler que l'embargo imposé après l'annexion de la Crimée en 2014 a eu de tels effets contre-productifs.
Un expert bancaire qui a voulu rester anonyme est également convaincu que l'État russe n'aura aucun problème à se financer ailleurs qu'en Europe "surtout un moment où le gaz se négocie à des niveaux si élevés". Ce même expert doute qu'il y ait beaucoup de banques qui financent les opérations militaires et fait remarquer qu'en Grande-Bretagne, où les oligarques russes sont très présents, les mesures annoncées jusqu'à maintenant ne sont pas non plus de nature à mettre les Russes en difficulté.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré au Parlement que cinq banques – Rossiya, IS Bank, GenBank, Promsvyazbank et la Black Sea Bank – étaient sanctionnées, ainsi que trois personnes proches de Vladimir Poutine – l'homme d'affaires Gennady Timchenko et les deux frères milliardaires Igor et Boris Rotenberg.
Les banques vont donc devoir bloquer toute opération qui pourrait être liée de près ou de loin à des Russes sous le coup des sanctions. Mais, sur base de ce qui a été annoncé, un nombre limité d'entre elles devaient être mises dans l'embarras.
Mauvais pour Swift ?
L'exposition des banques de la zone euro à la Russie est assez limitée, nous indique Eric Dor, Directeur des Etudes Economiques IESEG School of Management à l'université Catholique de Lille. L'Autriche y est présente avec Raffaisen qui a une grosse filiale en Russie et la France surtout avec Société générale qui détient la banque russe Rosbank. Quant à la banque italienne Unicredit, elle a une grosse filiale en Russie. Difficile à ce stade de savoir dans quelle mesure ces institutions seront touchées.
Pour l'institution belge Swift, spécialisée dans les transferts bancaires internationaux y compris avec la Russie, "la sanction pourrait même se retourner contre elle", poursuit l'expert bancaire. Car, l'exclusion de la Russie risque de nuire à l'image de Swift vis-à-vis de certains pays et ainsi accélérer la mise sur pied d'un système concurrent.