Les places boursières ont résisté à la crise ukrainienne… jusqu'à présent
Le choc viendra sans doute plus tard.
- Publié le 22-02-2022 à 17h39
- Mis à jour le 22-02-2022 à 20h16

Les opérateurs s'attendaient à une séance agitée, mardi, compte tenu de l'accroissement des tensions géopolitiques, mais aussi de la reprise des cotations sur les places américaines après un long week-end. Et en début de journée, de fait, les indices boursiers européens ont entamé une descente inquiétante mais limitée à 1 ou 2 %, quelques heures après la clôture des places asiatiques où l'on avait noté des chutes de 1,71 % à Tokyo ou encore de 2,7 % à Hong Kong. D'entrée de jeu, les acheteurs ont fait grimper les prix des matières premières, de l'énergie, avec un baril de pétrole brut (Brent de la Mer du Nord) en hausse, approchant les 100 dollars. L'once d'or était recherchée également, juste au-dessus des 1 900 dollars, ainsi que les obligations d'État les plus sûres. Mais de dérapage, point !
Inversion de tendance
En réalité, au fil des heures, alors que les contrats "futures" sur les indices boursiers américains indiquaient la probabilité d'un net recul à l'ouverture en milieu d'après-midi, les indices européens sont lentement revenus à l'équilibre, pour passer dans le vert alors que Wall Street démarrait elle-même sur une note hésitante et volatile. De même, le calme semblait revenir sur le front des matières premières.

Un coup de frayeur pour rien ? Le choc viendra sans doute plus tard. Dans son analyse quotidienne, Frank Vranken, chief strategist chez Edmond de Rotschild, explique que les opérateurs vont anticiper le poids des sanctions européennes et américaines sur l'économie de l'Union européenne. Évoquant le problème du blé - dont la Russie est premier exportateur mondial : "En fonction de ce que nous ne recevrions plus de la Russie ou de l'Ukraine, l'Europe devra importer des États-Unis, du Canada, de l'Australie ou de l'Argentine, pour n'en citer que quelques-uns. Mais sans aucun doute, le prix en sera plus élevé".
Et… le gaz ?
"Le gaz russe sera cher et insaisissable". Sans compter avec les restrictions à l'exportation que pourrait imposer la Russie qui est, rappelle Frank Vranken, "un gros exportateur de matières premières de toutes sortes". "L'inflation n'est donc pas près de diminuer". À propos du baril de brut, enfin, l'économiste s'attend à ce qu'il atteigne les 100 dollars, "ce qui aura un effet sur les dépenses des consommateurs."
Doit-on s'attendre à une réaction plus forte des marchés dans les semaines à venir ? Thomas Planell, Gérant-analyste chez DNCA s'est livré à cet égard à une analyse historique de l'évolution des marchés boursiers en période de conflits armés. Dans son étude, il rappelle que depuis 1941 et Pearl Harbor, jusqu'à 2003 et la guerre en Irak, "les marchés actions ont plutôt bien résisté aux conflits militaires". Et, rappelle-t-il, "en 2014, les marchés se sont peu émus de l'annexion de la Crimée par la Russie. Un mois après le début d'une annexion sans résistance ni effusion de sang, le Dax (indice phare de la Bourse de Francfort) ne cédait plus que 2 %. Le Stoxx 600 Europe, 1 %. Les valeurs pétrolières ne surperformant que très légèrement le reste de la cote".
Faut-il pour autant oser acheter au son du canon, comme le dit l'adage boursier ? Thomas Planell estime que les marchés pourraient se montrer plus sensibles à une escalade militaire en Ukraine qu'en 2014, en raison de la situation énergétique en Europe, plutôt tendue ces derniers mois. Il estime qu'une hausse des prix du gaz pourrait coûter des points de croissance en zone euro.