Vaccinopolis, le plus grand centre de tests humains de vaccins d'Europe, ouvre ses portes à Anvers: "Il y a des intérêts économiques énormes"
Le nouveau centre permettra de tester des vaccins et faire le suivi de patients infectés par une version "réduite" de certains virus.

- Publié le 25-03-2022 à 16h18
- Mis à jour le 21-04-2022 à 16h42

"Quel navire ! Les moyens matériels y sont !", s'exclame l'infectiologue Yves Van Laethem, en s'extasiant à travers ses lunettes de soleil du nouveau centre de tests de vaccins "Vaccinopolis", qui a ouvert ses portes ce vendredi sur le campus Drie Eiken à Anvers.
"C'est un pas en avant, il n'y avait pas de centre de cette capacité. L'industrie était demandeuse, l'État aussi. Car il faut bien dire qu'il y aura des intérêts économiques énormes à la clé, au-delà de l'intérêt purement scientifique ", ajoute-t-il.
Le centre permettra de tester des candidats vaccins dans plusieurs phases de leur développement et en particulier la phase 3, celle censée vérifier l'efficacité de ceux-ci. Il dispose donc d'une trentaine de chambres sécurisées, en sous-pression pour éviter tout rejet de virus à l'extérieur, avec sas de désinfection et autres moyens de sécurisation pour éviter toute contamination. "Toutes les déjections sont récupérées, chauffées à 630 degrés, avant d'être rejetées", nous précise par ailleurs Sofie Clais, membre de la faculté de pharma et biomédical de l'UAntwerpen.
"C'est extrêmement important. Les vaccins sont l'instrument principal pour lutter contre les pandémies et ce centre arrive au bon moment. Cela nous permet de renforcer notre rôle à l'international dans le domaine médical", félicite le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit), qui a trouvé une courte fenêtre de tir dans son agenda pour pouvoir se rendre sur place.

40 millions d'euros débloqués pour ce projet "inédit"
Côté financement, l'État a effectivement mis 20 millions d'euros sur la table, l'UAntwerpen 13 millions et l'ULB, partenaire du projet, 7 millions d'euros. Les financements avancés par les universités proviennent de la Région flamande (5,3 millions) mais également de donateurs privés, restés anonymes.
Les premiers tests concerneront un nouveau candidat vaccin pour la coqueluche, nous signale Pierre Van Damme, professeur en vaccinologie, qui se réjouit de l'ouverture du centre. Une ouverture qui a d'ailleurs été précipitée par la crise Covid, qui a ouvert les yeux sur les répercussions économiques et sociétales d'une pandémie sur nos sociétés.
"Le continent européen ne compte aucune infrastructure comparable de cette ampleur. Pour trouver des installations équivalentes, il faut se tourner vers les États-Unis ou la Grande-Bretagne", ajoute-t-il, même si les centres britanniques sont beaucoup plus petits. De plus, la possibilité de mener des études "CHIM", pour controlled human infection model, est également inédite. En clair, une fois que les vaccins sont considérés comme sûrs, les candidats volontaires pourront se faire vacciner et par la suite se faire inoculer une version réduite de certains virus afin que l'on puisse tester l'efficacité de ces vaccins.

"La rémunération dépend des essais mais un test récent d'un nouveau vaccin contre la polio, qui a nécessité 28 jours de quarantaine, a permis aux volontaires de toucher 8 000 euros", nous dit-on.
Les personnes candidates pourront également venir se faire inoculer des vaccins sans être infectées par un virus et retourner chez eux, pour des tests en phases moins avancées.
Si on ne dispose pas de chiffres précis sur les retombées économiques potentielles pour le moment, cela permet à la Belgique de renforcer l'intérêt pour les entreprises actives dans le secteur et faire appel aux services de Vaccinopolis. "C'est nous qui nous chargeons du recrutement des candidats et du suivi", nous glisse Sofie Clais, alors qu'elle nous explique les éléments techniques pour la désinfection des chambres.
Le projet, bien accueilli par la population locale et "surtout très soutenu par les autorités politiques" permet de bâtir "un écosystème pour la lutte contre les pandémies", s'exclame Pierre Van Damme, avant d'aller accueillir les différents représentants de l'industrie pharmaceutiques venus découvrir l'immense bâtiment. Même si certains traînent encore à l'extérieur, éblouis par l'aspect rutilant de la façade recouverte de miroirs, qui brille d'autant plus en cette journée ensoleillée.
