Les Vingt-sept mettent toute leur énergie à rester unis face au chantage au gaz russe
Suite à la décision de l'entreprise russe Gazprom de suspendre les livraisons de gaz à la Pologne et à la Bulgarie, prise la semaine dernière, la présidence française du Conseil de l'Union européenne a convoqué une réunion d'urgence des ministres de l'Énergie des Vingt-sept. Double objectif du Conseil qui s'est tenu à Bruxelles ce lundi : serrer les rangs et faire le point sur les préparatifs pour réduire la dépendance européenne au gaz russe.
- Publié le 02-05-2022 à 21h43
- Mis à jour le 02-05-2022 à 21h49

Le mouvement de Gazprom est à la fois un "avertissement" et une "tentative de division", a souligné la commissaire européenne en charge de l'Énergie Kadri Simson, mardi, à l'issue de la réunion. C'est un avertissement parce que Gazprom a coupé les vannes à la société gazière polonaise PGNiG et à Bulgargaz car celles-ci avaient refusé de respecter le décret russe qui exige des "pays inamicaux" qu'ils s'acquittent désormais de leur facture de gaz en roubles. Or, 97 % des contrats prévoient que ce paiement s'effectue en euros ou en dollars, rappelle la Commission. C'est une tentative de division parce que la crainte de tomber à court de gaz est susceptible de conduire certains pays de l'UE à se plier aux exigences russes, alors que plusieurs compagnies doivent payer Gazprom en mai. La Hongrie et la Slovaquie, qui sont extrêmement dépendantes du gaz russe, avaient chacune laissé entendre plus tôt dans la semaine qu'elles étaient disposées à payer leur gaz en roubles. D'Italie sont aussi parvenus des messages ambigus à ce sujet.
"Pas de paiements en roubles à Gazprom"
Kadri Simson a répété le discours de la Commission depuis une semaine : payer en roubles reviendrait à violer les sanctions européennes prises contre la Russie suite à l'agression qu'elle mène contre l'Ukraine. Le décret russe oblige les compagnies européennes à payer leurs livraisons en euros ou dollars sur un compte de Gazprombank. Laquelle changerait ensuite cet argent en roubles qui devrait être déposé sur un autre compte par la compagnie pour que le paiement soit effectif. Cette manœuvre permettait à la Banque centrale russe d'avoir accès à des devises étrangères.
La ministre française à la Transition écologique, Barbara Pompili, a assuré que l'union des Vingt-sept n'était pas effritée : "Les États membres ont tous dit qu'il fallait mettre en œuvre les sanctions et respecter les contrats, qui prévoient les paiements en euro." Kadri Simson a de son côté indiqué que la Commission n'avait aucune information sur des sociétés européennes s'apprêtant à payer en roubles et ajouté que l'exécutif européen présenterait des orientations plus détaillées destinées aux entreprises sur ce qu'il convient de faire et surtout de pas faire.
La commissaire insiste sur le fait qu'il "n'y a pas de risque immédiat en matière d'approvisionnement". N'en reste pas moins que l'Union doit s'activer pour réduire drastiquement sa dépendance au gaz russe - de deux tiers d'ici la fin de l'année, a proposé la Commission - et aux éventuelles coupures de gaz. "Il ne sera pas possible de remplacer 150 milliards de mètres cubes de gaz russe par d'autres sources", a prévenu Mme Simson. Les Vingt-sept ont donc évalué la situation en matière de stockage pour l'hiver - avec un objectif de 90% de remplissage au 1er octobre proposé par la Commission. Ils ont également poursuivi la discussion sur la diversification des sources d'approvisionnement et reparlé de l'établissement d'un système d'achat conjoint. Autant de points qui seront développés dans le paquet "Repower EU" que la Commission présentera à la mi-mai.
D'un possible embargo sur le pétrole russe, il n'a guère été question durant la réunion, assure Mme Pompili, rappelant que la Commission est toujours en train de préparer le sixième paquet de sanctions. Les États membres auront l'occasion de revenir sur ce sujet qui les divise. La Hongrie a annoncé qu'elle mettrait son véto à un tel embargo. La ministre belge de l'Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) a fait savoir que si une telle mesure était proposée, la Belgique s'y rallierait, même si elle est "dépendante jusqu'à 30 %" du pétrole russe. Pour réduire la dépendance européenne au gaz et au pétrole, il importe de le faire "de manière structurelle, en accélérant la transition énergétique", défend la ministre.
