Dans les coulisses des festivals de l'été : "Accueillir 20 000 personnes par jour, ce n'est pas ce qu'on cherche au BlueBird"
La Libre Eco vous emmène dans les coulisses du BlueBird Festival, en province de Namur, pour comprendre comment sont organisés et financés les festivals de musique en Belgique. Car loin des grands rassemblements estivaux, notre pays abrite aussi des plus petites structures au nez tout aussi fin pour dénicher les talents musicaux.
- Publié le 21-07-2022 à 14h21
- Mis à jour le 22-07-2022 à 12h16

La Belgique est sans aucun doute devenue une terre de festivals par excellence. Des noms ronflants comme Tomorrowland, les Ardentes, Dour, Werchter et bien d'autres font rayonner notre pays bien au-delà de nos frontières, amenant chaque année des milliers de festivaliers des quatre coins du monde chez nous. La Libre a donc cherché à comprendre comment tournaient ces gigantesques machines, mais aussi à évaluer le poids qu'ils peuvent représenter au niveau économique.
Mais pour comprendre le fonctionnement des festivals, c'est bien loin de ces grands rassemblements que nous avons entamé nos rencontres. Notre pays peut aussi compter sur des événements musicaux d'une toute autre échelle, pourtant tout aussi qualitatifs.
Des amoureux de la musique, avant tout
Bienvenue au BlueBird Festival. C'est sous un soleil de plomb, avec un thermomètre dépassant les 35 degrés, que nous arrivons lundi en milieu d'après-midi à Ohey, en province de Namur. Tentes, matériaux, barrières et autres pancartes jalonnent l'entrée du parc qui va accueillir la douzième édition du festival ces 22 et 23 juillet. "Je ne sais pas si vous allez voir les bénévoles à l'oeuvre, avec cette chaleur ils sont partis se rafraîchir à la piscine", sourit Nicolas Jaumain en nous accueillant. Avec Matias, il est co-programmateur du festival depuis huit éditions.

Si un festival anime chaque été la région, c'est grâce à la volonté d'une poignée de jeunes du coin. "Au départ, la maison des jeunes d'Evelette (village de la commune d'Ohey, Ndlr) organisait un petit festival de musique. Lorsqu'il a disparu, plusieurs jeunes qui y allaient comme festivaliers ont décidé de reprendre le flambeau. Ils n'avaient que 16-17 ans à l'époque, mais la MJ d'Evelette a accepté de les épauler pour mettre le projet sur les rails", raconte Nicolas. "Au fil des années, la MJ a délégué de plus en plus pour que les organisateurs prennent progressivement le projet à leur charge jusqu'en 2016, date à laquelle nous nous sommes séparés d'un point de vue structurel. Depuis cette date, nous avons fondé une asbl pour gérer le projet de manière indépendante. C'est aussi la date à laquelle nous avons quitté Evelette pour venir nous installer à Ohey. La MJ reste toutefois l'un de nos partenaires et marraine de notre asbl."

Aujourd'hui, un comité d'une vingtaine de personnes prend le festival en charge, avec de nombreux bénévoles qui gravitent autour d'eux. "Nous avons un peu plus de 30 personnes pendant une semaine pour le montage du site, et 100-150 durant le week-end. Cette année, nous avons aussi intégré une partie des jeunes bénévoles de la MJ au sein de l'organisation, avec l'idée de pouvoir ainsi renouveler le comité", complète Nicolas.
Un budget proche des 70 000 euros
Quant au financement du projet, il repose sur plusieurs sources. "Pour organiser le festival, on tourne sur un budget de 65 000 à 70 000 euros. Pour être organisé, le festival a évidemment besoin de subsides, car notre volonté est de conserver des prix des billets démocratiques." Via donc des subsides (commune, Fédération Wallonie-Bruxelles, Loterie Nationale), du sponsoring, des coopérations avec des centres culturels et les rentrées sur place, le festival peut aussi être à l'équilibre financièrement.
Il a également fallu jongler avec la hausse des matières premières. "Pour les matériaux de la scène en bois, nous avions prévu un budget qui n'était pas du tout suffisant au moment de commander, avec un supplément de plus de 20 %." Des coûts qui viennent s'ajouter aux cachets des artistes (poste principal de dépenses), à la logistique, à l'énergie, au transport, etc. "Mais nous avons pris le parti de ne pas trop répercuter cette hausse des coûts sur le prix des billets.Nous sommes une asbl : on ne gagne pas d'argent. Mais nous sommes fiers de pouvoir dire qu'on fait venir jouer 20 groupes, ici à Ohey, pendant tout un week-end. On fait découvrir des projets musicaux à un public très divers."

Car ne vous y méprenez pas : si le festival est petit par la taille, il n'en reste pas moins qualitatif. "Nous sommes à l'écoute de tout ce qui se passe sur la scène indépendante. Notre ligne de programmation, ce sont des projets émergents à fort potentiel de développement." Et à ce petit jeu, le BlueBird a déjà fait ses preuves en matière de programmation. Des noms désormais bien connus du grand public comme Roméo Elvis, L'Or du Commun, 47Ter ou encore Caballero et JeanJass sont passés par Ohey avant d'exploser. De quoi donner une bonne crédibilité au projet. "Cela permet de créer un lien de confiance avec le public. Quand il voit que les artistes qui passent par chez nous peuvent se développer par après, cela plaît beaucoup."

Des lasagnes aux saveurs magiques
Le festival se veut donc "à taille humaine", et ce à plusieurs niveaux. "Sur un week-end, on va globalement croiser les 500 personnes présentes chaque jour. On veut que les gens se sentent bien, créent des liens et échangent avec les artistes, les autres spectateurs et l'organisation. Garder cette proximité, c'est important pour nous", résume Matias. Un format familial qui amène son lot d'anecdotes… "On cherche des artistes qui ont cet état d'esprit : après tout, ils ont leurs loges dans une école maternelle. Pour le catering, c'est ma maman qui se charge de préparer des lasagnes pour tous les artistes. L'année dernière, ceux qui ont joué le vendredi envoyaient des messages à ceux du samedi pour leur dire de venir absolument goûter les lasagnes, parce qu'ils les trouvaient incroyables", nous confie Nicolas.

Sur son site du Parc Rosoux, le BlueBird accueillera jusqu'à 1 000 visiteurs ce week-end. Si une première expansion était envisagée en 2019, le Covid-19 est venu redistribuer les cartes. "Le premier site d'Evelette pouvait accueillir jusqu'à 350 personnes par jour. A Ohey, nous sommes montés jusqu'à 1 500 personnes, et en 2019 nous avions un projet d'expansion et de déménagement. Puis avec la crise sanitaire, nos plans ont changé, et nous avons donc décidé de revenir avec un projet qui permet de pérenniser le festival. C'est une bonne matière d'intégrer les jeunes, et de faire de l'écolage dans un cadre que tout le monde connaît", relativise Nicolas.
Et l'expansion, alors ? "Nous avons parfois des visiteurs qui viennent et qui nous disent : 'Un jour, ça va devenir grand quand même!'. Mais ce n'est pas notre but. Des grands festivals, il y en a déjà tous les week-ends. On est content de pouvoir proposer notre petit festival, partager ces moments entre nous et avec les visiteurs. Accueillir 20 000 personnes par jour ? Ce n'est pas ce qu'on cherche", conclut Matias.