Hydrogène "vert": une stratégie "irréaliste" et minée par les "conflits d'intérêts" ?
Selon ces trois associations, l'Europe et la Belgique prévoient des usages inefficaces de l'hydrogène vert.
- Publié le 05-12-2023 à 10h10
- Mis à jour le 05-12-2023 à 11h01

Les associations environnementales Greenpeace, Canopea et Bond Beter Leefmilieu publient, ce mardi, une analyse des stratégies belge et européenne en matière d'hydrogène vert. Ils y dénoncent la "hype" qui entoure ce vecteur énergétique ainsi que les conflits d'intérêts qui existent parmi les promoteurs de cette technologie.
Mais rappelons, d'abord, que l'hydrogène vert est produit par un électrolyseur, dont la fonction est de décomposer une molécule d'eau en hydrogène et oxygène. Pour que l'hydrogène soit considéré comme vert, il faut que l'électricité alimentant l'électrolyseur soit renouvelable (produite avec des panneaux photovoltaïques ou des éoliennes).
A priori, l'hydrogène vert pourrait s'attirer les faveurs des associations environnementales. Néanmoins, le rapport précité dénonce le fait que l'Europe et la Belgique prévoient un usage très large, ce qui conduirait à une (très) forte croissance de la consommation de cette molécule. En conséquence, il n'y aura pas suffisamment d'électricité renouvelable produite sur notre territoire pour produire l'hydrogène vert dont l'Europe a besoin. C'est ce qui explique pourquoi plusieurs États européens, dont l'Allemagne et la Belgique, ont signé des accords en vue d'en importer depuis des pays lointains comme la Namibie, Oman, le Chili….
Produire l'hydrogène vert en Europe
Les trois associations environnementales soulignent que l'Europe pourrait produire elle-même l'hydrogène vert dont elle a besoin. Pour ce faire, elle devrait limiter son utilisation aux secteurs qui en ont vraiment besoin. Et de citer la production d'acier, d'ammoniac, de méthanol et le recyclage du plastique. "On pourrait aussi utiliser l'hydrogène dans les transports aérien et maritime sur longue distance", explique Mathieu Soete, expert de la transition énergétique chez Greenpeace. Si l'Europe se limite à ces usages, la consommation d'hydrogène ne devrait quasiment pas augmenter en 2050 par rapport à aujourd'hui, peut-on lire dans le rapport. En effet, l'usage de l'hydrogène par les raffineries doit diminuer, compensant ainsi les nouveaux usages de l'aérien et du maritime.
Néanmoins, ce n'est pas du tout une stagnation qui est dans les tuyaux européens actuellement. Alors que 7,4 millions de tonnes d'hydrogène (principalement fossile) ont été consommées dans l'Union européenne en 2022, le plan REPowerEU prévoit d'atteindre 20 millions de tonnes d'hydrogène vert en 2030 : 10 millions de production domestique et 10 millions d'importations.
La Belgique a de grosses ambitions aussi
Au niveau belge, les ambitions sont aussi énormes. Ainsi, la stratégie fédérale mentionne des importations de 6 à 10 millions de tonnes d'hydrogène vert en 2050, l'équivalent de la consommation actuelle de toute l'Union européenne.
Les trois associations rejettent spécifiquement plusieurs usages de l'hydrogène, qui font augmenter la demande pour cette molécule. Et de citer le transport par camions, le chauffage des habitations ou encore certains usages industriels.
Les chiffres communiqués pour le chauffage domestique sont frappants. Ainsi, 1 KWh d'électricité dépensée dans le chauffage à hydrogène donne 0,62 KWh dans l'habitation. En revanche, via une pompe à chaleur, 1 KWh d'électricité consommée donne 2 à 3 kWh dans l'habitation.
Selon Mathieu Soete, des questions de conflits d'intérêts expliquent cette "hype" autour de l'hydrogène. Et de pointer Fluxys, Ores, Resa ou Sibelga, qui comptent remplacer leur réseau actuel de gaz par un réseau d'hydrogène. Selon lui, il faudrait donc qu'un acteur indépendant gère le futur réseau d'hydrogène en Belgique. "Les opérateurs actifs dans le gaz ont tout intérêt à reconvertir le maximum de kilomètres de leur infrastructure actuelle en réseau d'hydrogène, développe-t-il. En confiant le réseau d'hydrogène à un acteur indépendant, on limiterait les usages à ce qui a du sens aux niveaux économique et climatique. Avoir ou non des camions à hydrogène, cela fait une énorme différence pour un acteur comme Ores".
Enfin, le rapport dénonce le fait que l'hydrogène permet d'éviter une réflexion sur l'avenir que peut avoir une industrie énergivore en Belgique dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique.
