Bonnes nouvelles sur les marchés de l'énergie: "On est revenu au même niveau de prix qu'il y a 10 ans"
Les prix ne cessent de baisser sur les marchés du gaz et du pétrole – entre autres – ces dernières semaines. Mais cela va-t-il continuer en 2024?

- Publié le 02-01-2024 à 08h22

C'était la bonne nouvelle de la fin de l'année 2023 : les prix du gaz affichaient une tendance baissière depuis plusieurs semaines, et les prévisions pour les mois à venir allaient dans le même sens. "Les éléments que j'avais pointés (en novembre, NdlR) se vérifient, et il n'y a pas eu d'événement géopolitique majeur au niveau de l'énergie. Toutes les prévisions établissent donc des tarifs sous les 40 € jusqu'en fin d'année 2024. La situation n'a plus été aussi stable depuis janvier 2022", se réjouissait Damien Ernst, professeur à l'Université de Liège et spécialiste en Énergie, début décembre.
Depuis lors, les prix ont même encore baissé, et le Liégeois l'a mis en avant dans un tweet. "Les prix du gaz et de l'électricité sont presque revenus aux niveaux "pré-crise" en Europe pour les produits à terme. La baisse des prix est encore plus importante pour les produits spot. Cela devrait tuer l'inflation européenne, principalement tirée par l'énergie."
Nous l'avons contacté pour en savoir plus. "En fait, on est dans la même zone de prix qu'il y a 10 ans, commence-t-il. Si on compte une inflation d'environ 25 % depuis 2014, quand les prix tournaient autour de 24 à 26€ du mégawattheure, les 32€ d'aujourd'hui ont la même valeur. Il ne faut pas oublier qu'entre 2018 et 2020, on avait eu droit à des prix extrêmement bas. Aujourd'hui, on paye le prix juste pour le gaz, et la crise est vraiment terminée."
Comment l'expliquer, alors que la guerre en Ukraine n'est pas terminée ? "La demande industrielle ne remonte pas malgré la baisse des prix. En Europe, beaucoup d'industries ont fermé. Le meilleur exemple et la filière des engrais azotés, qui a délocalisé sa production suite à la flambée des prix. On ne les verra sûrement pas revenir chez nous. Les Européens ont aussi adapté leur manière de se chauffer et certains ont fait des travaux pour aller vers des méthodes qui ne consomment que peu d'énergie."
Depuis le début de l'automne, la météo a aussi été favorable. "On a eu beaucoup de vent et beaucoup de pluie. L'éolien et l'hydraulique fonctionnent donc à plein régime, et la demande de gaz pour produire de l'électricité est tout à fait limitée. De plus, les réserves stratégiques de gaz sont très hautes, et on va terminer l'hiver avec au moins 60 % de ces réserves. Cela rassure complètement les marchés."
Tous les signaux sont donc au vert pour les semaines et mois à venir, même si on ne peut jamais rien promettre à 100 %. "Le risque géopolitique existe toujours, comme le risque d'avoir une grosse vague de froid qui relance la consommation. Mais si cela ne se matérialise pas, on peut encore voir les prix baisser et passer sous les 30€ dans les semaines à venir."
Est-ce donc vraiment la fin de l'inflation ? "Le phénomène est plus large, mais principalement poussé par la hausse des prix du gaz. Pour le pétrole, on observe aussi une baisse structurelle des prix. Il y a aujourd'hui une production trop forte par rapport à la demande, ce qui fait chuter les prix. L'Opep essaye de garder les prix autour de 90$ le baril, mais n'y arrive pas. Par exemple, les États-Unis et le Mexique n'ont jamais produit autant de pétrole, et la concurrence fait baisser les prix. On pourrait même voir une déflation se créer tant l'énergie avait de l'importance dans le mécanisme", conclut-il.