La charge d'intérêts de la dette belge va atteindre près de 11 milliards en 2025
Le flop de l'émission du nouveau bon d'État n'a pas fait réagir les marchés. Par contre, la réévaluation de la charge de la dette rappelle que la tâche du prochain gouvernement sera colossale.

- Publié le 05-03-2024 à 17h59

On aurait pu s'attendre que le flop du nouveau bon d'État à un an – avec un précompte mobilier inchangé de 30 %, cette fois-ci – provoque une légère tension sur les marchés des taux d'intérêt. Il n'en a rien été. Le taux des OLO – obligations linéaires belges – à un an oscille toujours aux alentours de 3,8 %. Le niveau de taux reste cependant relativement élevé. Mais pas de panique : si les marchés n'ont pas bougé, nous explique-t-on à plusieurs sources, c'est parce que la capacité de la Belgique de se financer auprès du grand public ne doit plus être démontrée, du moins quand les conditions fiscales sont avantageuses. On se souvient du bon d'État Leterme de 2011 et de la première émission de 2023 du ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V) qui avait battu tous les records (près de 22 milliards d'euros). Cette mobilisation possible, sachant qu'il reste près de 300 milliards d'euros sur les comptes de dépôt, est évidemment de nature à rassurer. Peu importe, donc, que la nouvelle émission ait rapporté un peu plus de 400 millions d'euros, contre 6 milliards possibles. Mais pour combien de temps ?
Fini le temps des taux négatifs
Entre septembre 2014 et juin 2022 (!), la Belgique empruntait à taux négatifs pour les émissions de courte durée, de sorte qu'il faudra 2 à 3 ans avant que le coût des emprunts n'ait réellement un gros impact sur notre charge d'intérêts. Il commence néanmoins à se faire sentir. L'année 2024 devrait voir la charge d'intérêts de la dette belge croître de manière moins significative qu'attendu, la situation inverse se produisant pour 2025. "Nous avons récemment réévalué les charges d'intérêt fédérales pour 2024, nous précise l'Agence fédérale de la dette. Nous nous attendons à 9,708 milliards d'euros, soit 1,60 % du PIB. Pour 2025, cette nouvelle estimation donnait un résultat de 10,891 milliards d'euros ou encore 1,74 % du PIB. Sachez que nous ajoutons une certaine marge de sécurité pour les estimations des taux futurs". La sécurité, elle, devra venir obligatoirement du prochain gouvernement.
La Cour des Comptes l'avait prédit
L'état de déliquescence des finances publiques, que la Vivaldi n'a pas su, pour différentes raisons, parfois dépendantes du contexte international (crise de l'énergie, crise sanitaire, guerre en Ukraine), garder réellement sous contrôle, ne cesse d'interpeller. Même si quelques timides mesures pour réduire le déficit public ont été prises lors du dernier conclave budgétaire.
Mais le déficit public reste attendu aux alentours de 5 % du PIB ces deux ou trois prochaines années. Si on y ajoute un taux d'endettement de près 106 % du PIB (117 % du PIB attendus en 2029), l'épée de Damoclès est réelle pour la Belgique. Les procédures européennes de déficit excessif (EDP) nous pendent au nez dès l'an prochain, à l'instar de possibles dégradations de la notation de la dette belge de un ou deux niveaux, jusqu'à un rating A + (ce serait une première dans l'histoire belge), et des spreads qui augmentent. Bref, il y a du travail pour le prochain gouvernement, surtout s'il tarde à se mettre en place… Un peu comme la Cour des Comptes l'avait déjà prédit, fin 2022 : "Le net ralentissement de l'inflation […], combiné à la hausse probable du taux d'intérêt […] et au maintien prévu d'un déficit primaire élevé, pourrait créer les conditions propices à l'activation de l'effet boule de neige." "S&P note un peu mieux la Belgique que les autres. Le risque de dégradation est grand avec Fitch puisqu'il y a une perspective négative. Fitch pourrait donc dégrader facilement à A +", estime, pour sa part, Eric Dor, professeur d'économie à l'IESEG (Lille). Le risque est grand pour la Belgique, d'abord à cause de la fragmentation politique qui implique une difficulté à former une majorité, et, même quand c'est le cas, à s'accorder sur un vrai programme d'assainissement des finances publiques, ou sur des mesures propres à relancer la croissance. On a constaté l'absence de réforme du marché du travail, des pensions et de la fiscalité. En observant les sondages, on voit difficilement comment cela pourrait s'arranger".