Le patron d'Engie a un conseil pour la Wallonie: "Sans ces compteurs intelligents, nous ne pourrons pas gérer la demande"
Vincent Verbeke, le nouveau patron d'Engie Belgique, a présenté la stratégie du groupe.
- Publié le 25-04-2024 à 16h33
- Mis à jour le 25-04-2024 à 19h45
Vincent Verbeke, nommé CEO d'Engie Belgique en janvier 2024, a présenté la stratégie du groupe pour faire face à la transition énergétique. Voici les points saillants de son discours.
1. Des investissements de 4 milliards d'euros ?
Selon Vincent Verbeke, Engie devrait investir environ 4 milliards d'euros en Belgique d'ici 2030, si tous les projets sur la table se concrétisent.
Quels sont-ils ? Il y a la prolongation de dix ans de la durée de vie de Doel 4 et Tihange 3, qui pourrait coûter environ 1,6 milliard d'euros, à partager entre Engie et l'État belge.
Engie va également construire une nouvelle centrale au gaz à Flémalle (région liégeoise) d'une capacité de 875 MW et un imposant parc de batteries de 200 MW à Vilvorde.
À cela s'ajoute l'extension de la capacité de la centrale de pompage-turbinage de Coo, de 1 080 MW à 1 159 MW.
Le groupe français a aussi de solides ambitions au niveau de l'augmentation de son parc de production d'électricité renouvelable en Belgique. Au total, Engie envisage de tripler son parc renouvelable, passant de 700 MW aujourd'hui à une capacité comprise entre 2 000 et 2 500 MW en 2030.
Dans le détail, Engie veut tripler ses capacités photovoltaïques (de 100 à 300 MW). Il veut aussi doubler ses capacités éoliennes terrestres (de 500 à 1 000 MW). Au niveau de l'éolien offshore, l'ambition est énorme : Engie veut obtenir plus de 1 000 MW de la future nouvelle zone d'éoliennes en mer, qui aura une capacité maximale de 3 500 MW.
Un autre gros projet n'a pas encore reçu de décision finale d'investissement. Avec le Norvégien Equinor, Engie envisage de produire de l'hydrogène bas carbone à Gand. Il s'agit d'investir dans un dispositif de production d'hydrogène à partir de gaz naturel, mais avec un système de capture du CO2 émis. Ce projet représente un investissement colossal d'environ 1,5 milliard d'euros, à partager avec Equinor. Mais, selon Vincent Verbeke, il ne se concrétisera qu'à plusieurs conditions. Il faut que les fournisseurs des équipements atteignent une certaine "maturité technologique", que la demande pour l'hydrogène décarboné soit suffisante, que son prix soit compétitif et que le réseau de transport d'hydrogène voie le jour.
2. La Wallonie doit se bouger
Vincent Verbeke a martelé ce message : la transition énergétique ne se réalisera qu'en investissant dans les infrastructures, que ce soit le réseau électrique, le réseau d'hydrogène ou encore le réseau de transport de carbone.
Le patron d'Engie Belgique a appelé les autorités à faire aboutir le projet wallon de la Boucle du Hainaut, qui doit permettre d'acheminer dans tout le pays l'électricité qui sera produite par les nouvelles éoliennes en mer. Il a également estimé que la Wallonie devait rapidement installer des compteurs intelligents, notamment chez les particuliers. Pour rappel, la Wallonie accuse un gros retard, par rapport à la Flandre, au niveau du déploiement des compteurs communicants.
"Sans ces compteurs intelligents, nous ne pourrons pas activer la gestion de la demande", a averti Vincent Verbeke. La gestion de la demande consiste à effacer une partie de la consommation quand il n'y a pas assez de production d'électricité. Il s'agit aussi d'activer la consommation lorsque la production d'électricité est forte, notamment lorsque le soleil brille en journée. Engie envisage de développer de la gestion de la demande pour une capacité totale de 1 000 MW à l'horizon 2030. Il y aurait 200 à 300 MW à aller chercher chez les industriels et 700 à 800 MW chez les particuliers. En cas de succès, cela signifierait que la Belgique aurait besoin d'une centrale nucléaire (ou plusieurs centrales au gaz) en moins pour assurer sa sécurité d'approvisionnement.
3. Quid du nucléaire ?
Pour rappel, la Vivaldi a signé un accord avec Engie en vue de prolonger de dix ans la durée de vie de Doel 4 et Tihange 3. Mais plusieurs partis estiment qu'il faudrait passer à vingt ans de prolongation voire prolonger d'autres réacteurs.
Vincent Verbeke a déclaré que prolonger de vingt ans Doel 4 et Tihange 3 était "un autre projet". Mais il n'a pas dit que c'était impossible.
Concernant la prolongation de Doel 3 et Tihange 2, les réacteurs touchés par des défauts, Vincent Verbeke s'est montré formel : "Il est exclu de les prolonger".
Pour les autres réacteurs (Doel1, Doel2 et Tihange1), le CEO d'Engie Belgique a déclaré que ce n'était pas sur la table et que l'entreprise avait déjà assez de travail avec la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 ainsi que tous les autres projets.
4. Comment atteindre la neutralité ?
Selon Vincent Verbeke, il faudra aussi compter sur le biogaz, le gaz synthétique et l'hydrogène décarboné pour réussir la transition énergétique. Mais aura-t-on assez de biogaz ou d'hydrogène décarboné ? "Certains pays, comme la Pologne, la France ou le Royaume-Uni ont un gros potentiel au niveau du biogaz", a répondu le patron d'Engie Belgique. On pourrait donc en importer depuis ces pays, tout comme l'hydrogène depuis d'autres pays.
