Deux millions de colis arrivent de Chine chaque jour en Belgique : "On importe des produits dangereux sans aucun contrôle"
La fulgurante ascension des plateformes Temu et Shein effraient les commerçants belges. Des géants comme Amazon et Bol dénoncent, eux aussi, une concurrence "déloyale" des Chinois. "Acheter à si bas prix n'est pas une bonne idée" met en garde la fédération sectorielle Comeos. "Un tiers des produits de ces plateformes se cassent durant le trajet et un autre tiers après quelques jours". Le secteur alerte le monde politique belge.

- Publié le 21-11-2024 à 08h00
- Mis à jour le 21-11-2024 à 11h15

Le chiffre a de quoi donner le tournis. D'après la fédération du commerce Comeos, près d'un milliard de colis vont débarquer en Belgique depuis l'extérieur de l'Europe en 2024, soit le double de l'année dernière. Une immense majorité de ces paquets proviendra de Chine. Actuellement, plus de 2 millions de colis arrivent chaque jour de l'Empire du Milieu dans notre pays, toujours selon Comeos qui se base sur les chiffres de la douane belge. Cette croissance fulgurante n'est évidemment pas étrangère à la montée en puissance des plateformes chinoises Temu, Shein, voire AliExpress ou TikTok shop.
De tous les vêtements commandés en ligne en Belgique, 20 % proviennent déjà de commerçants chinois".
Mais ce sont surtout les deux premières, Temu et Shein, qui ont explosé ces derniers mois, en ciblant notamment un public jeune avec des prix très bas. "Ces plateformes ont quasiment doublé leur business en un an", développe Lora Nivesse, la porte-parole de Comeos. Les deux géants chinois se sont notamment fait une place de taille dans le textile ou ce qu'on appelle la "fast fashion", des vêtements bon marché destinés à durer peu de temps. "De tous les vêtements commandés en ligne en Belgique, 20 % proviennent déjà de commerçants chinois, s'alarme la communicante. C'est davantage que ce que vendent les grossistes belges (11 %). La Belgique est, après les Pays-Bas, le deuxième plus grand pays importateur pour les colis d'e-commerce en Europe. On a une quantité astronomique de produits venus d'Asie".
Le secret de la réussite des Chinois est connu : ces plateformes proposent des prix incroyablement bas avec une quantité saisissante de produits. Pour quelques euros, on peut s'y acheter un pantalon, une robe, mais aussi un drone, un épluche patate ou encore des jouets. Rien ne semble manquer. "Achetez comme un milliardaire", promet Temu. Les prix sont tellement bon marché qu'il n'est pas rare de payer davantage en frais de livraison que pour le produit acheté. Même des spécialistes des bas prix, comme Amazon ou Bol n'arrivent pas à suivre. Pourtant les produits proviennent parfois des mêmes ateliers chinois, mais les plateformes ne fonctionnent pas du tout de la même manière.
Pas de droits de douane à payer
Amazon fait ainsi venir des stocks entiers de marchandises – depuis la Chine notamment – les entrepose dans un hangar en Europe pour ensuite les faire livrer chez un particulier belge, par exemple, dès que sa commende est faite. Ce qui explique la rapidité de livraison de la plateforme américaine. Temu n'est, elle, qu'une plateforme de "mise en contact" entre des clients belges ou autres et des commerçants chinois. Ce sont donc ces derniers qui se chargent de la livraison du colis, avec des délais souvent beaucoup plus longs (une dizaine de jours) que les autres "marketplace" bien établies chez nous.
Cette technique de vente permet surtout de passer sous les radars des contrôles aux frontières et d'échapper aux droits de douane. "Les commerçants locaux qui importent, par exemple, 5 000 unités du même produit dans un seul conteneur doivent passer par une administration douanière complexe et payer des droits de douane complets, poursuit Lora Nivesse. Les produits ont, en outre, de fortes chances d'être contrôlés. Ce qui n'est pas le cas de ces millions de colis individuels qui arrivent en Belgique". Les douaniers sont littéralement noyés sous cette masse de paquets. "Seuls 0,0005 % de ces colis peuvent être contrôlés". Résultat ? D'après les services d'inspection, un produit sur trois de certaines plateformes ne respecte pas les normes CE européennes, ce qui constitue une menace pour la santé. On importe des produits dangereux, sans compter toutes les contrefaçons".
"Cela doit changer"
La grande majorité de ces commerçants chinois ne paient en outre aucun droit de douane. "Selon la réglementation européenne actuelle, les colis de moins de 150 euros sont exemptés de ces droits", dénonce Comeos. Cela doit changer. Tous les colis, quelle que soit leur valeur, doivent être traités de manière égale". Dans une lettre adressée aux parlementaires belges et aux partenaires du futur gouvernement belge, 70 membres (dont Amazon et Bol) de Comeos, représentant plus de 100 000 employés, demandent que les mêmes règles soient imposées à tous.
Dans le port d'Anvers, il y a 25 % de chances de contrôle, alors qu'à l'aéroport de Liège, c'est presque nul"
Les signataires dénoncent une "concurrence déloyale". "Les commerçants qui jouent le jeu se retrouvent avec des coûts beaucoup plus élevés que ceux qui ne respectent rien". Parmi leurs demandes, on retrouve celles d'améliorer les contrôles douaniers ("dans le port d'Anvers, il y a 25 % de chances de contrôle, alors qu'à l'aéroport de Liège, c'est presque nul"), celle d'imposer des droits de douane sur les colis de moins de 150 euros ("cela fera rentrer de l'argent public") , de faire appliquer "strictement" les nouvelles règles (DSA et DMA) pour les géants technologiques en Europe aux plateformes chinoises ou encore d'améliorer la collaboration entre les États au niveau européen.
"Une mauvaise idée"
Le secteur du commerce non alimentaire, qui a déjà perdu plus de 4 000 emplois en Belgique depuis 2019, met en garde le consommateur. "Évidemment des prix aussi bas sont très tentants, avance Lora Nivesse. Mais acheter sur ces plateformes est une mauvaise idée, non seulement pour la planète – en termes de durabilité c'est catastrophique – mais aussi pour son portefeuille. Selon la porte-parole, il n'y a pas de miracle : quand c'est si bon marché, la qualité ne suit pas. "On constate qu'un tiers des produits de plateformes asiatiques arrivent déjà cassés et un autre tiers se casse dans les jours qui suivent. Cela vaut parfois la peine de mettre un peu plus d'argent et être sûr de garder plus longtemps un produit plutôt que d'acheter du brol qu'on jettera très vite."