Donald Trump déclare l'urgence nationale : "Plus de vies américaines perdues que pendant l'ensemble de la guerre du Vietnam"
Le Président est autorisé à réglementer le commerce international comme il le souhaite, après avoir décrété une "situation d'urgence nationale".

- Publié le 04-02-2025 à 14h40
- Mis à jour le 04-02-2025 à 18h00

Les États-Unis font face à "une urgence nationale", selon la Maison-Blanche et son président Donald Trump. "Chaque année, plus d'Américains meurent de surdoses de fentanyl que le nombre de vies américaines perdues dans l'ensemble de la guerre du Vietnam", renchérit la Maison-Blanche dans un communiqué de presse publié le week-end dernier.
Cette drogue, près de cinquante fois plus puissante que l'héroïne, serait selon les estimations de la Drug Enforcement Administration (DEA) la première cause de mort des Américains en dessous de cinquante ans. Et le 47e président des États-Unis et son administration accusent allègrement la Chine, le Canada et le Mexique d'en être responsables.
Des gouvernements complices ?
Pour l'administration Trump, la crise sanitaire du fentanyl est une "urgence de sécurité nationale", qui nécessite des mesures exceptionnelles. L'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) a donc été activée. Cette loi fédérale américaine autorise le Président à réglementer le commerce international comme il le souhaite, pour autant qu'il ait décrété une "situation d'urgence nationale". Ce qu'il a fait, "grâce" à la menace sanitaire du fentanyl. Deuxième condition pour bénéficier de l'IEEPA : que la menace à l'origine de la "situation d'urgence nationale" soit d'origine étrangère. Sur ce point, l'administration Trump s'attaque directement au Canada, au Mexique et à la Chine.
Dans son communiqué, la Maison-Blanche accuse notamment les autorités chinoises de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour endiguer le flux de composés chimiques vers des cartels criminels connus. Elle affirme aussi que le gouvernement mexicain tient une "alliance intolérable" avec des organisations mexicaines de trafic de drogue, leur permettant de "fabriquer et transporter des stupéfiants dangereux". Quant au Canada, il verrait une présence croissante de cartels mexicains sur son territoire. Ces derniers y exploiteraient des laboratoires de synthèse du fentanyl. "Une étude récente a reconnu la production intérieure accrue de fentanyl au Canada et son empreinte croissante dans la distribution internationale de stupéfiants", poursuit la Maison-Blanche.
Le Canada met la main à la poche, une nouvelle fois
Avec son argument choc de nécessité sanitaire et sécuritaire liée au fentanyl, Donald Trump a donc réussi à revoir les règles du commerce et imposer des taxes douanières de 25 % sur les importations canadiennes et mexicaines, et de 10 % supplémentaire sur les importations chinoises (déjà taxées). Une manoeuvre vivement critiquée par le premier ministre canadien Justin Trudeau et par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. "Les mesures prises aujourd'hui par la Maison-Blanche nous divisent au lieu de nous rassembler", a en effet affirmé Justin Trudeau, plaidant que "moins de 1 % du fentanyl et moins de 1 % des entrées illégales aux États-Unis proviennent du Canada".
Dans la foulée, Trudeau a annoncé mettre en place des droits de douane de 25 % sur des produits américains. Cette mesure devait porter sur des produits de consommation courante comme la bière, le vin et le bourbon américains, les appareils électroménagers, les meubles et les équipements sportifs, ainsi que sur des matériaux tels que le bois de construction et les matières plastiques. "Et bien d'autres choses encore", poursuit le premier ministre canadien. Mais Trump et Trudeau ont finalement trouvé un accord lundi soir, suspendant les mesures douanières des deux côtés pendant trente jours.
Et malgré les critiques formulées à l'encontre de Donald Trump, Justin Trudeau a bien accepté d'accroître la sécurité à la frontière américaine et de prendre des mesures plus importantes pour lutter contre le trafic du fentanyl. Dont une dépense de centaines de millions de dollars supplémentaires.
"Le Canada prend de nouveaux engagements. On va nommer un Tsar responsable de la question du fentanyl, ajouter les cartels mexicains à la liste des entités terroristes […] et lancer, avec les États-Unis, une force de frappe conjointe sur le crime organisé, le trafic de fentanyl et le blanchiment d'argent", a indiqué sur X le chef du gouvernement canadien. Cela représente "un nouvel investissement de 200 millions de dollars canadien", après les efforts déjà mis en place en décembre dernier par le Canada sur sa frontière. Cet investissement impliquait 1,3 milliard de dollars pour perturber le commerce du fentanyl.
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a également obtenu une suspension des taxes douanières pendant trente jours, mais non sans amertume. Face aux accusation de complicité entre le crime organisé et le gouvernement mexicain, elle a notamment répondu : "Nous rejetons catégoriquement les calomnies de la Maison-Blanche qui accusent le gouvernement mexicain d'avoir des alliances avec des organisations criminelles, ainsi que toute intention d'ingérence sur notre territoire. Si une telle alliance existe quelque part, c'est chez les armuriers américains qui vendent des armes de gros calibre à ces groupes criminels".
Mais même si elle dément les accusations de la Maison-Blanche, la présidente mexicaine a accepté de renforcer la sécurité à sa frontière et a annoncé la venue de 10 000 membres de la Garde nationale à la frontière américano-mexicaine pour "empêcher le trafic de drogues du Mexique vers les États-Unis". Le rapport de force imposé par Donald Trump produit donc des effets.