"Si Tom Cruise doit escalader la Tour Eiffel, on est censé filmer ça sur la réplique de Las Vegas ? C'est absurde"
Donald Trump a proposé des tarifs douaniers de 100 % sur les productions cinématographiques étrangères. Une solution absurde pour ce secteur en difficulté financière depuis plusieurs années.

- Publié le 06-05-2025 à 14h21
- Mis à jour le 07-05-2025 à 09h57

Hollywood est sceptique. L'industrie tout entière cherche des solutions, après les grèves historiques des acteurs et scénaristes qui ont paralysé l'industrie en 2023. Mais le président américain, Donald Trump, offre une solution inadaptée : 100 % de taxes douanières sur les films produits hors des États-Unis. "Ça n'a aucun sens", conteste à l'AFP Jonathan Handel, avocat américain spécialisé dans le divertissement. "Si une cascade prévoit que Tom Cruise escalade la Tour Eiffel, qu'est-ce qu'on est censé faire ?", s'interroge-t-il. "Filmer ça sur la réplique de la Tour Eiffel à Las Vegas ? C'est tout simplement absurde".
Sans donner plus de détails sur les modalités de telles taxes douanières, et la Maison-Blanche affirmant "qu'aucune décision n'a été prise", cette déclaration du 47e président américain sème donc plus le doute que la certitude sur l'avenir de cette industrie ébranlée.
"Movies Made in America Again"
À Hollywood, la délocalisation des productions est presque devenue une norme. En 2024, le nombre de jours de tournage atteignait d'ailleurs un plus bas historique, en excluant le gel complet de la production provoqué par la pandémie de Covid en 2020. Les studios préfèrent simplement tourner dans des pays offrant des avantages fiscaux alléchants, et là où la main-d'œuvre est moins chère. Le Royaume-Uni, par exemple, offre jusqu'à 40 % de crédit d'impôt sur les dépenses réalisées outre-Manche. Ainsi, "Jurassic World : Dominion" (2022) est passé de 583,9 millions de dollars de dépenses réelles à un coût final de 465,4 millions de dollars grâce à une aide fiscale britannique de 114,8 millions de dollars.
La solution financière proposée par Donald Trump tombe donc comme un cheveu dans la soupe. Ou presque. "Elle est simplement inadaptée aux besoins de l'industrie audiovisuelle américaine", décrit encore Jonathan Handel, ajoutant que les droits de douane "feraient plus de mal que de bien" : "cela aurait pour conséquence de réduire la production, d'augmenter le coût des films, de réduire le nombre de films disponibles pour les salles de cinéma et les plateformes de streaming, ce qui nuirait à la distribution". Mais la nuance est de mise. Car l'industrie a besoin de rapatrier ses productions sur le sol américain. Un effet "Make America Film Again" (MAFA), en référence au slogan de Donald Trump, "Make America Great Again" (MAGA).
Le remède proposé par Donald Trump divise, donc. Mais le diagnostic d'une production audiovisuelle américaine moribonde est largement partagé. Une solution possible pour aider l'industrie serait de mettre en place des avantages fiscaux, comme des crédits d'impôt. "Ils pourraient constituer des incitatifs pour relancer l'emploi dans ce secteur", analyse la productrice Kathryn Arnold pour le Time. "Proposer des incitants pour des aspects spécifiques de la production serait beaucoup plus simple que d'essayer de déterminer si un film est américain ou étranger, dans le but de pénaliser ce dernier".
Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a proposé la mise en place d'un plan fédéral de soutien à Hollywood de 7,5 milliards de dollars sous forme de crédits d'impôt.
En tout cas, le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, a profité du tourbillon médiatique amorcé par Trump pour proposer la mise en place d'un plan fédéral de soutien au secteur. Soit 7,5 milliards de dollars, sous forme de crédits d'impôt pour une "Californie totalement favorable à l'idée d'attirer davantage de tournage". Cette proposition, si elle est approuvée, représenterait de loin le plus important programme de subventions gouvernementales jamais offert à l'industrie cinématographique aux États-Unis, et le premier du genre au niveau fédéral. Car plus de trente États offrent déjà pareil incitatif (la Californie alloue actuellement 330 millions de dollars par an, selon le New York Times), mais il n'existe pas de programme national.
Pour l'instant, les studios hollywoodiens se sont bien gardés de réagir. Quant aux syndicats, ils adoptent un langage prudent. Celui des acteurs, le SAG-AFTRA, "soutient les efforts visant à accroître la production cinématographique, télévisuelle et en streaming aux États-Unis" et est "impatient d'en savoir plus". Le président américain a, quant à lui, affirmé dans le Bureau ovale qu'il allait rencontrer des acteurs de l'industrie pour trouver des solutions. "J'aimerais m'assurer qu'ils soient heureux, vous savez à quel point je chéris l'emploi américain…", a-t-il confié.