Restaurateurs et entrepreneurs (2/6) : la renaissance du Frederiksborg, là-bas "loin dans le Nord"

- Publié le 23-07-2018 à 10h19

Pour relancer la brasserie bien connue du nord de Bruxelles, Gengis Kozok part en geurre contre le tout surgeléC'est une brasserie où les Ucclois et les Ixellois ne vont jamais. Et ils n'en ont sans doute jamais entendu parler. Car pour eux, "c'est loin dans le nord", comme aurait dit feu le ministre Paul Vanden Boeynants après son kidnapping en janvier 1989. Et pourtant, pour tous ceux qui habitent dans le nord de Bruxelles, c'était une institution comme le sont les Brasseries Georges au sud. L'établissement qui comprend un restaurant et un hôtel s'appelle le Frederiksborg. Il avait connu ses heures de gloire avant la faillite des frères Beyaz qui géraient l'établissement.
Le racheteur Gengis Kozok n'est pas un nom très connu de la restauration qui est devenue sa deuxième activité à côté de celle d'entrepreneur en bâtiment. Ce fils d'immigrés turcs a fait ses premières armes avec une pizzeria à Schaerbeek. Et puis il a eu l'opportunité de racheter 50 % de la Brasserie Royale, située rue de Flandre. "Aujourd'hui, on tient la route mais ce n'est pas la plénitude." Les attentats ont laissé des traces. Le piétonnier et les tunnuels fermés aussi.
La reprise du Frederiksborg début 2018 a un côté sentimental car c'est là qu'il voyait en cachette sa future femme. Et c'est à quelques centaines de mètres de là qu'il habite. "C'était tellement triste de voir cet endroit dépérir. C'est Sergio qui a orchestré toute la reprise et notamment discuté avec le curateur." Sergio Bianchini est un homme clé. Sans ce chargé d'affaires "self made man", il n'aurait sans doute jamais repris le Frederiksborg dont les murs appartiennent toujours à la brasserie HLS (Alken Maes).
Côté innovant
Gengis Kozok a donc repris la concession et fait de lourds travaux pendant 3 mois. Il veut apporter un côté innovant en s'association avec un groupe pour y installer "un club privé pour fumeurs de cigare". Il veut aussi réintroduire une tradition culinaire belge qui est "actuellement en danger". "L'anguille au vert, vous allez la manger où ?", demande-t-il, déterminé à partir en guerre contre ces innombrables restaurants qui servent des plats surgelés de fabrication industrielle. "On essaie d'acheter tous les deux à trois jours. Les brasseries ont perdu ce côté familial, professionnel. C'est parce que le système le permet", regrette-t-il. Et de maudire aussi Facebook qui est devenu un lieu de débauchage pour le personnel. "Le personnel n'arrête pas de tourner."
Les attentats ont été des moments très durs pour le secteur de la restauration, confirme Gengis Kozok. "On n'a jamais pu avoir aucune aide."
Mais il n'y a pas que ça. "Bruxelles est en train de changer" avec une frontière très nette tracée par le piétonnier et les tunnels. Une frontière entre le nord qui se flamandise de plus en plus et le sud où se cantonnent les francophones. "Je dois m'adapter et de plus en plus travailler avec un personnel flamand."
Gengis Kozok regrette l'entêtement d'Yvan Mayeur à faire le piétonnier d'un seul coup. "Il aurait dû tâtonner, avancer morceau par morceau comme quand on rénove un bâtiment. C'est sa seule erreur. Il n'a pas voulu changer d'avis. C'est comme si les hommes politiques ne pouvaient pas se tromper."
Un monde politique à qui il envoie un message clair pour être davantage soutenu. La fermeture du tunnel Léopold II durant l'été fait perdre de l'argent au Royal. "Quelle compensation reçoit-on ?" La black box, autre sujet sensible. "Je veux bien que l'Etat me surveille mais il faut qu'il soit souple." Et de suggérer que la black box soit "mise de côté" quand le chiffre d'affaires est en baisse. Une idée qu'il lance un peu comme une bouteille à la mer…
