Comet Traitements : le recyclage "infini", le rêve de l'alchimiste

- Publié le 01-07-2019 à 18h05
- Mis à jour le 17-03-2021 à 15h18

Il ne faut pas se mentir : recycler à 100 % tout ce qui est produit et réutiliser tous les déchets est impossible, même si les chercheurs essaient de s'approcher au plus près de ce graal. L'un des soucis majeurs aujourd'hui reste la gestion des flux de déchets, car tout ce qui est recyclable ne finit pas par être recyclé.
C'est là qu'entre en jeu une entreprise comme Comet Traitements. Son taux de valorisation des déchets peut atteindre plus de 97 %, rien que ça. Le recyclage peut sembler paradoxal. Pour l'inciter, il faut que les déchets soient suffisamment nombreux pour que des industriels y voient un intérêt. Pour qu'ils puissent devenir une sorte de nouvelle "matière première", bon marché et suffisamment abondante.
-> Retrouvez aussi le webdoc complet consacré à l'industrie en Wallonie, dont est issu ce reportage: Se transformer pour survivre: le défi de l'industrie en Wallonie.
Dans le même temps, on essaie de limiter les déchets au maximum. Heureusement d'ailleurs… Ce sont donc des déchets valorisables qu'il faut "trouver". Autrement dit, des déchets rentables, car si créer avec du "neuf" devait rester moins cher pour les fabricants et les industriels, alors la filière du recyclage ne sera pas assez intéressante et ne pourra subsister. La gestion et la transformation des déchets sont donc un point crucial pour le futur de l'industrie en Wallonie.
L'objectif de Comet Traitements, une filiale du groupe Comet actif dans le négoce de métaux et dérivés, est de rentabiliser au maximum les déchets. Sa spécialité est le recyclage de voitures, d'électroménager, de pneus, de résidus de broyage, etc. Si l'on ne prend que l'exemple des voitures, réussir à les recycler reste un exploit. Métaux, plastiques chargés (mélangés à d'autres matières) ou non, bois, verre, huiles… Les matières sont nombreuses et souvent mélangées entre elles. Un véritable casse-tête technologique.

Limiter les déchets ultimes
Comme la spécialité de Comet touche surtout au métal, c'est après le broyage des véhicules que l'entreprise met son savoir-faire en œuvre pour réutiliser ce qui est récupérable et ainsi réduire au maximum le recours aux centres techniques d'enfouissement, où les déchets ultimes finissent par être entassés.
Parmi les pistes communément admises pour limiter les déchets, on trouve l'écoconception. Mise en avant par plusieurs industriels depuis des années, elle consiste à penser les objets en prenant en compte leur fin de vie, leur recyclage. Mais le concept semble montrer certaines limites, selon Pierre-François Bareel, le CEO de Comet Traitements. "Tout n'est pas à jeter dans l'écoconception, mais il faut forcer l'économie circulaire à s'axer sur la demande de matières, à ce que la fabrication de nouveaux équipements se fasse en intégrant des matériaux recyclés dès le début", ajoute-t-il.
Il ne faut pas seulement penser à leur recyclage… "Tant qu'on n'aura pas compris ça, on ne fera pas d'économie circulaire. Si l'Europe fabrique des frigos écoconçus mais qu'on en achète de l'étranger qui ne le sont pas, ça n'ira pas. On ne peut pas avoir une ligne de recyclage pour les frigos écoconçus et une ligne pour les autres. Partir du principe que tout ce qui est actuellement envoyé à l'incinération sera recyclé, c'est une bonne chose, mais on va augmenter l'offre de déchets alors que la demande (pour les matières secondaires, NdlR) sera trop faible", note Pierre-François Bareel.
Il faut donc agir sur la demande. Et cela passe par une volonté politique, en plus d'une conscientisation de la population, selon le CEO. En résumé, demander aux citoyens de faire le tri est une chose mais valoriser les déchets et les rendre "rentables" en est une autre.

Booster la valorisation
L'objectif de Comet Traitements est d'avoir un taux de valorisation le plus élevé possible. Mais encore une fois, il faut nuancer : valoriser au maximum les déchets qui restent en Belgique, c'est bien, mais c'est insuffisant si la plupart des déchets finissent à l'étranger. "On recycle environ 150 000 véhicules par an en Belgique, pourtant il y en a entre 500 000 et 550 000 qui sont immatriculés dans la même période", précise le CEO de Comet Traitements. "Une bonne partie des véhicules est tout bonnement envoyée à l'étranger, où ceux-ci finissent leur vie dans des conditions beaucoup moins contrôlées."
Pierre-François Bareel s'exprime aussi sur les limites du recyclage, car on ne peut pas recréer indéfiniment. Ce qui est recyclé est destiné à une autre filière d'activités que celle d'origine la plupart du temps. Par exemple, si on recycle une barquette de biscuits en plastique, on ne pourra pas réutiliser ce plastique récupéré pour refaire des barquettes, il faut trouver une autre utilisation. Il y a une fin dans cette boucle du recyclage.
Pour sa part, Comet Traitements récupère les métaux par électromagnétisme (aimants) pour les ferreux, par des procédés plus complexes pour les non-ferreux. Idem pour les plastiques. Plastiques chargés, plastiques bromés (anti-feu), souvent très critiqués pour leur nocivité potentielle… la tâche n'est pas aisée.
Du carburant produit avec les déchets
Une fois tout cela effectué, l'entreprise arrive à traiter les résidus de broyage… pour en faire du carburant. C'est le projet "Phoenix". Grâce à un procédé complexe, l'entreprise produit un carburant qu'elle seule utilise mais qui lui permet de récupérer l'énergie emmagasinée dans ces résidus de matériaux. Un pas de plus vers l'économie circulaire. Au final, Comet Traitements arrive à un taux de valorisation élevé des déchets. Et c'est en se montrant parmi les meilleurs élèves européens que l'entreprise compte promouvoir l'industrie wallonne et réduire son impact sur l'environnement.
