Comment la Wallonie peut profiter de la "mine urbaine" que représentent les déchets ?
Le groupe Comet s'est développé ces dernières années et peut désormais afficher une ambition internationale, avec le soutien de ses partenaires et de l'Union européenne.

- Publié le 11-03-2021 à 08h23
- Mis à jour le 10-05-2021 à 22h20

Le groupe Comet s'est fait une spécialité : le tri de déchets, en particulier ceux qui contiennent du métal. Un atout recherché alors que la demande mondiale ne cesse d'augmenter et donc soutenu par la Région wallonne comme par l'Europe.
Mercredi, le groupe présentait d'ailleurs Multipick, un outil de tri robotisé capable d'isoler une vingtaine de métaux différents, ferreux (généralement plus facile à récupérer, via des aimants) ou non. Rayons X, scanner 3D, caméra hyperspectrale et intelligence artificielle (IA) permettent aux robots d'apprendre et de s'améliorer dans le tri et de faire tourner le tapis de sélection à une vitesse d'un mètre par seconde.
Présenté aux côtés du ministre wallon de l'Économie Willy Borsus (MR), l'outil combine engagements environnementaux et réindustrialisation de la Wallonie. "L'Europe et les États-Unis exportent 1,5 million de tonnes de métaux non-ferreux en Asie" où la main-d'œuvre est moins chère, déclare Pierre-François Bareel, l'administrateur délégué de Comet. "La matière ainsi que l'activité économique est donc perdue", déplore-t-il. D'où l'intérêt de Multipick, pour lequel le groupe annonce un investissement de 10 millions d'euros : c'est un gain de valeur ajoutée dans la filière ainsi qu'un potentiel d'exportation de l'ingénierie dans le monde entier. "Je n'hésite pas à dire qu'on a aujourd'hui cinq ans d'avance sur la concurrence", avance le dirigeant de Comet. "Grâce à nos activités de recherche, à celles du programme Reverse Metallurgy et à NCP Wallonie (National Contact Point, qui soutient les entreprises dans leurs démarches en vue d'obtention de financements), nous avons pu intégrer Horizon 2020", le programme européen pour la recherche et le développement pour la période 2014-2020. Le groupe a d'ailleurs reçu 700 000 euros de subsides dans le cadre du Projet Crocodile, qui vise à l'indépendance de l'Europe dans son approvisionnement de Cobalt.
-> Relire notre dossier sur l'industrie wallonne, dont Comet Traitements : le rêve de l'alchimiste
Donner une ampleur européenne
"Notre savoir-faire a d'abord été intégré dans différents projets par NCP Wallonie et a ensuite été porté à l'Europe", précise Pierre-François Bareel, non sans fierté d'avoir réussi à développer son entreprise pour lui donner une ampleur internationale. Ayant également bénéficié de fonds Feder (fonds européens de développement régional), le groupe espère pouvoir soutenir également ses projets dans le cadre du plan de relance européen et continuer à exporter son expertise.
Indispensable, d'ailleurs, selon Eric Pirard, professeur à l'ULiège spécialisé en géoressources minérales qui participait à la présentation.
"L'avenir est à la mine. Il faudra de l'extraction minière pour chercher de nouveaux métaux. Mais pour la Wallonie, recycler la mine urbaine est crucial. Il faut que les systèmes comme Multipick s'exportent dans les pays comme le Chili, gros producteur de cuivre, le Brésil, le Japon, etc.", précise-t-il. S'il reconnaît que la mine urbaine ne suffira pas pour répondre à la demande en métaux, elle permettra d'optimiser l'utilisation de la matière première. "Il n'y aura pas de transition énergétique sans métaux. Il est donc indispensable d'être attentif à leur utilisation et à leur recyclage et exploiter au maximum la mine urbaine", nous glisse-t-il, à la fin de la présentation.
