Les entreprises wallonnes vont-elles tirer profit de la manne financière européenne pour innover?
L'Union européenne entame le nouveau programme de soutien à la recherche et l'innovation. Horizon Europe couvre la période 2021-27 et pèse 95 milliards d'euros. La Wallonie se mobilise pour convaincre les entreprises de déposer des projets innovants.

- Publié le 11-03-2021 à 08h20
- Mis à jour le 01-04-2021 à 18h14

C'est reparti pour sept ans ! On veut parler du programme-cadre de l'Union européenne (UE) pour la recherche et l'innovation. Il s'agit du neuvième programme du genre depuis le milieu des années 1980. Après Horizon 2020, qui couvrait la période allant de 2014 à l'année dernière, place à Horizon Europe (2021-2027). Financièrement parlant, c'est du lourd. Il est en effet question d'une enveloppe globale de 95,5 milliards d'euros, un montant qui sera alloué au fil des appels à projets lancés par la Commission européenne. Des projets qui vont de la recherche fondamentale jusqu'à la mise sur le marché de produits ou services résolument innovants et à la pointe des nouvelles technologies.
Avec 95,5 milliards au compteur, Horizon Europe pèse 15 milliards de plus que son prédécesseur à périmètre identique, c'est-à-dire en tenant compte de la position de la Grande-Bretagne, c'est en fait 30 milliards en plus. "Les montants et les enjeux sont considérables, insistait Willy Borsus, ministre wallon de l'Économie, de la Recherche et de l'Innovation, lors d'un webinaire organisé la semaine dernière par le SPW Économie Emploi Recherche et NCP Wallonie. La crise que nous traversons doit être considérée comme un cadre accélérateur des innovations dans toute une série de domaines, avec la volonté de "re-territorialiser" un certain nombre de maillons économiques en Wallonie et de bâtir une économie à la fois plus résiliente et plus durable. Pour y parvenir, la recherche et l'innovation sont des leviers incontournables".
Certes, Horizon Europe n'est pas la seule porte d'entrée, en matière de R&D et d'innovation, pour permettre à une série d'acteurs (universités, centres de recherche, entreprises, etc.) d'accéder à des financements. Mais la porte européenne peut s'avérer à la fois très lucrative et très porteuse, en particulier pour les start-up et les PME (voir, ci-contre, l'exemple de l'entreprise wallonne Comet).
Innover et investir maintenant
Inutile de tourner autour du pot : la Wallonie et ses entreprises ne se distinguent pas particulièrement dans le classement des régions qui comptent le plus grand nombre de projets de recherche et d'innovation financés par l'UE. "Quand on regarde les statistiques wallonnes du programme Horizon 2020, on voit qu'il y a encore d'importantes marges de progrès. La Wallonie pourrait faire nettement mieux", avance Julien Guerrier, directeur de la programmation Horizon Europe à la Commission européenne. La Wallonie, qui regroupe environ 20 % des chercheurs actifs en Belgique, n'a pourtant décroché que 10 % des financements alloués à des projets belges dans le cadre du programme Horizon 2020.
Cette faible participation est d'autant plus interpellante que la Wallonie ne s'en tire pas si mal dans le classement des régions d'Europe en matière d'innovation ("Regional Innovation Scoreboard"). "Elle est même plutôt en progression, relève Julien Guerrier. Le terreau est donc bien là pour que la Wallonie profite davantage d'un programme comme Horizon Europe, même s'il n'y a pas d'enveloppes nationales et encore moins régionales. Les projets financés sont tout simplement les meilleurs au regard des priorités européennes".
Son collègue Jean-David Malo, directeur de la "task force" du Conseil européen de l'innovation (CEI), est aussi d'avis que la Wallonie ne tire pas assez profit des opportunités offertes par la Commission européenne. Dans le cadre du nouveau programme Horizon Europe, 10 milliards d'euros sont destinés à financer des innovations technologiques ayant un potentiel de rupture et de création de marché. Il est notamment question d'innovations liées à l'intelligence artificielle, à l'informatique quantique, aux nouvelles batteries, aux thérapies géniques, etc. "Si la Wallonie veut être à l'avant-garde de la prochaine vague de technologies stratégiques, c'est maintenant qu'il faut innover et investir", martèle M. Malo. Dans une phase pilote du CEI (menée de 2018 à 2020), on a dénombré 100 participations belges (universités, grandes entreprises, PME, start-up,…) parmi les 549 projets financés. Or, sur ces 100 participations, il y en avait 50 provenant de Flandre (avec une forte présence de la KU Leuven), 35 de Bruxelles et seulement 15 de Wallonie.
Du côté du SPW Recherche et du NCP Wallonie, la mobilisation est de mise depuis plusieurs semaines pour convaincre les acteurs wallons de ne pas rater le coche. "La compétition est rude et le taux d'acceptation pour les entreprises est faible, concèdent François Louesse et Pierre Fiasse, coordinateurs du NCP Wallonie. Mais il faut se lancer et y croire". Ils sont en tout cas là, avec leurs collègues, pour guider ceux qui voudront prouver, au cours des sept années à venir, que les entreprises wallonnes ne sont pas moins innovantes et ambitieuses que les autres.
La Wallonie n'a décroché que 10 % des financements alloués à des projets belges dans le cadre du programme Horizon 2020.
Olivier de Wasseige (UWE) : "La Wallonie peut faire mieux"

Interrogé sur la relative frilosité de la Wallonie à solliciter les fonds européens en matière de recherche et d'innovation, Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises (UWE), avance plusieurs explications. "Les PME wallonnes sont de petite taille et ont du mal à grandir. Elles n'ont pas toujours le temps et les moyens de soumettre des projets auprès de la Commission européenne. Elles sont aussi relativement peu présentes au sein de partenariats internationaux et à l'export."
Olivier de Wasseige mentionne également un paysage de la recherche et de l'innovation plus éclaté en Wallonie qu'en Flandre ou à Bruxelles. "Quand on voit le nombre de projets de recherche et d'innovation introduits par la KU Leuven et l'Imec, c'est impressionnant. On plaide depuis longtemps pour accroître la taille critique des acteurs wallons et nous y travaillons avec le gouvernement actuel." Cela ne doit toutefois pas justifier une quelconque frilosité dans le chef des universités, des centres de recherche et des entreprises wallonnes à soumettre des projets à la Commission européenne, admet le patron de l'UWE. "La Wallonie peut faire mieux et le nouveau programme Horizon Europe est une opportunité pour le démontrer."
NCP Wallonie
"NCP" pour "National Contact Point". Il s'agit d'un réseau d'experts qui, au sein de chaque pays de l'Union européenne, accompagne les acteurs pour déposer des projets de recherche et d'innovation auprès de la Commission européenne. Le NCP Wallonie accompagne plus de 350 dossiers par an.
Le NCP Wallonie, installé dans les bureaux de l'Union wallonne des entreprises à Louvain-la-Neuve, propose ses services aux entreprises, universités, centres de recherche, associations et autres organismes situés en Wallonie. Les services (identification de partenaires, choix du programme approprié, aide à la rédaction d'un projet, etc.) sont gratuits. Mieux : les projets ayant bénéficié de l'aide du NCP Wallonie ont un taux de réussite bien plus élevé (+69 %) que ceux qui y vont en direct.